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«La colère des Suisses de l’étranger doit être prise au sérieux»

La directrice de l'OSE Ariane Rustichelli au dernier Congrès de l'Organisation des Suisses de l'étranger, en août dernier à Montreux Adrian Moser

Pas de vote électronique, aucun candidat international élu et une participation au scrutin en baisse. Pour les Suisses de l’étranger, le bilan des élections fédérales du 20 octobre est moins réjouissant qu’en 2015. La preuve qu’il faut trouver une solution pour ressusciter l’e-voting, estime Ariane Rustichelli, la directrice de l’Organisation des Suisses de l’étranger.

Ce contenu a été publié le 23 octobre 2019 - 14:38

La Cinquième suisse n’a, cette année, pas renouvelé l’exploit de faire élire l’un de ses représentants sous la Coupole fédérale. En 2015, l’ancien ambassadeur Tim Guldimann, établi à Berlin, était devenu le premier Suisse de l’étranger à siéger à Berne, avant de démissionner en 2018.

Privés de système de vote électronique à la suite de la suspension des essais par la Confédération, les Suisses de l’étranger ont également moins participé au scrutin qu’il y a quatre ans. Dans le canton de Genève, la participation a par exemple diminué de 32 à 21%. Une situation qui n’est pas acceptable pour la directrice de l’Organisation des Suisses de l’étranger (OSE) Lien externeAriane Rustichelli.

swissinfo.ch: Cette année, aucun des candidats de la Cinquième Suisse n’a été élu. Pourquoi?

Ariane Rustichelli: Tim Guldimann, qui était auréolé de son ancien poste d’ambassadeur, était une exception. Il était souvent dans les médias et aussi connu dans son canton de Zurich, ce qui est essentiel pour être élu. Cette année, il n’y avait pas de figure suffisamment connue à l’intérieur du pays et capable de drainer suffisamment de voix. Les gens ont plutôt tendance à élire des personnes dont ils ont entendu parler ou à voter pour des partis.

A l’avenir, l’élection d’un Suisse de l’étranger au Parlement est-elle encore envisageable?

J’espère que cela se produira à nouveau. Avoir un Suisse de l’étranger au Parlement qui pouvait témoigner directement des difficultés rencontrées était une bonne chose. Avec le développement des nouvelles technologies et l’importance croissante des nouveaux médias, on peut imaginer que, dans deux ou trois législatures, il sera plus facile de mener une campagne à distance.

Lors de sa démission, Tim Guldimann avait estimé «difficile de vivre quelque part et de faire de la politique ailleurs». Peut-on remplir son mandat de parlementaire correctement en habitant à l’étranger?

Il y a certes des contraintes mais des aménagements peuvent être envisagés. On pourrait notamment imaginer une participation aux séances des commissions parlementaires, qui réunissent une quinzaine de personnes, par vidéoconférence. A l’OSE, nous utilisons déjà ce dispositif pour les séances de notre comité, dont la majorité des membres vivent à l’étranger. En revanche, en ce qui concerne les sessions du Conseil national (Chambre basse), il serait difficile de mettre en place un tel système.

Les taux de participation des Suisses de l’étranger sont en baisse par rapport aux élections de 2015 dans presque tous les cantons où les chiffres sont disponibles. Comment expliquez-vous cette tendance?

A mon avis, il y a trois raisons à cela. Evidemment, la première est la disparition du vote électronique, alors qu’en 2015 quatre cantons le proposaient. Dans ces quatre cantons, on constate aussi que le taux de participation de la Cinquième Suisse est dramatiquement plus bas qu’il y a quatre ans. La possibilité de voter en ligne influence donc directement la participation des Suisses de l’extérieur.

«La possibilité de voter en ligne influence donc directement la participation des Suisses de l’extérieur»
Ariane Rustichelli 

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Il y a aussi un phénomène de découragement. Les premiers tests ont été réalisés en 2003. En 2015, on avait trois systèmes de vote en ligne à disposition et maintenant plus aucun. L’e-voting avance à reculons.

Finalement, la campagne a été assez peu émotionnelle. Mis à part le climat, aucun thème spécifique sur lequel les Suisses de l’étranger auraient ressenti le besoin d’intervenir ne s’est imposé. Si la question européenne avait été davantage thématisée, on peut imaginer qu’ils auraient participé davantage car ils sont directement concernés. 

Les chiffres montrent que la diaspora a voté davantage pour les Verts. Pourquoi est-elle si écolo?

Je ne pense pas que les Suisses de l’étranger soient plus écolos. Cependant, dans beaucoup de pays dans lesquels ils vivent, les partis verts sont établis depuis plus longtemps qu’en Suisse. Ils font davantage partie du paysage politique et médiatique. Ils estiment peut-être que ce questionnement doit aussi être plus représenté dans leur pays d’origine.

La victoire des Verts est-elle une bonne nouvelle pour l’OSE?

Je ne peux pas dire s’il s’agit d’une bonne ou d’une mauvaise nouvelle. Toutefois, nous avons déjà de très bons contacts avec des élus verts ou verts libéraux. Nous ne sommes pas d’accord sur tout, comme avec tous les partis. Sur la question du vote électronique, nous n’avons pas encore réussi à trouver un terrain d’entente. Nous comprenons leurs inquiétudes au sujet de la question de la sécurité du vote en ligne, qui est aussi fondamentale pour nous. Toutefois, il n’est pas acceptable que 180'000 personnes ne puissent pas exercer leurs droits politiques. Nous devons donc nouer un dialogue direct et pragmatique avec eux.

La frustration est grande pour les Suisses de l’étranger qui n’ont à nouveau pas pu voter, faute d’avoir reçu leur matériel de vote à temps. Certains ont même dit vouloir porter plainte pour invalider le scrutin. Peut-on sérieusement l’envisager?

Une plainte n’aurait quasiment aucune chance d’aboutir. Il faut rester réaliste. D’autant plus que le gouvernement a refusé de reconnaître l’e-voting comme troisième canal de vote officiel, au même titre que le vote à l’urne ou par correspondance.

La colère des Suisses de l’étranger qui ne peuvent exercer leur droit de vote doit néanmoins être prise au sérieux. J’imagine que les gens qui évoquent une plainte souhaitent plutôt faire valoir la dimension symbolique de leur action. Ils veulent dire: «Nous n’acceptons pas que les choses reculent!»

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