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Jupiter, dont on voit ici le pôle sud capturé par la sonde Juno, apparaît comme "un monde complexe, gigantesque et turbulent", selon ces travaux publiés dans Science.

KEYSTONE/AP NASA

(sda-ats)

La sonde spatiale américaine Juno, en orbite autour de Jupiter depuis juillet, a détecté de gigantesques ouragans sur ses pôles. Elle a effectué des observations inédites sur l'atmosphère et l'intérieur de la plus grande planète du système solaire.

Jupiter apparaît comme "un monde complexe, gigantesque et turbulent", très différent de ce que les scientifiques imaginaient, a expliqué la Nasa en commentant deux des premières études effectuées avec les données transmises par Juno, publiées jeudi dans la revue américaine Science.

"Il se passe tellement de choses que nous ne pensions pas que nous aurions à repenser entièrement notre façon de voir Jupiter", a résumé Scott Bolton, le responsable scientifique de la mission destinée à percer les secrets de la planète gazeuse géante, lors d'une conférence de presse téléphonique.

Outre les deux études dans Science, 44 autres recherches à partir des données recueillies par Juno paraissent dans la revue Geophysical Research Letters.

Ouragans géants

L'orbite elliptique de la sonde a permis aux scientifiques de faire des observations totalement nouvelles. Juno a pu survoler les pôles de Jupiter et s'approcher à moins de 5000 kilomètres au-dessus de la couche nuageuse de sa haute atmosphère.

"Les images des régions polaires de Jupiter, jamais vues auparavant, montrent des masses brillantes de forme ovale qui sont notamment très différentes de ce qu'on a pu observer aux pôles de Saturne", une autre planète géante gazeuse, écrivent les scientifiques. En fait, il s'agit d'ouragans géants d'un diamètre pouvant atteindre 1400 kilomètres.

En s'approchant de la couche nuageuse, Juno, qui est équipée de neuf instruments scientifiques, a pu mesurer l'activité thermale dans les profondeurs de l'atmosphère jovienne.

Les données recueillies révèlent des structures inattendues que les scientifiques ont interprétées comme des indications de masses d'ammoniaque provenant des profondeurs de l'atmosphère et formant des systèmes météorologiques.

Une analyse du champ magnétique de Jupiter a aussi révélé qu'il était beaucoup plus intense à proximité de la planète que ce que les modèles mathématiques prévoyaient. Il est environ dix fois plus puissant que le champ magnétique terrestre.

Pluies d'électrons

Juno a également mesuré le champ gravitationnel jovien pour déterminer si la planète avait un noyau solide comme certains modèles le prédisent. Les résultats "ne sont pas clairs", indiquant qu'il ne s'agit apparemment pas d'un petit noyau solide, sans pouvoir vraiment en définir la nature.

Au contraire, selon Scott Bolton, le noyau pourrait être partiellement dissous et nettement plus grand que les prédictions des scientifiques.

Au-dessus des pôles, Juno a détecté des jets d'électrons provenant des vents solaires qui arrosent la haute atmosphère de Jupiter et pourraient alimenter les énormes aurores boréales observées par les caméras en infrarouge de la sonde de 3,6 tonnes.

Ces pluies d'électrons paraissent avoir une distribution différente que celles qui se produisent au-dessus de l'atmosphère terrestre. Cela suggère des interactions de Jupiter avec l'environnement spatial entièrement différentes, selon les chercheurs.

Mystérieuse tache rouge

"Le prochain survol rapproché est prévu le 11 juillet et nous passerons directement au-dessus du phénomène le plus remarquable de tout le système solaire, que connaissent tous les écoliers, à savoir la grande tache rouge de Jupiter", a indiqué Scott Bolton.

"Si quelqu'un va expliquer l'énigme de ce qui se trouve sous ce gigantesque tourbillon, c'est Juno et ses instruments capables de pénétrer ces épaisses couches nuageuses", a-t-il assuré.

Lancée le 5 août 2011, la sonde, s'est mise en orbite autour de Jupiter le 4 juillet 2016. Juno est passée le 27 août au plus près de la planète, à 4200 kilomètres au-dessus de la couche de nuages.

Juno, une mission de 1,1 milliard de dollars, doit rester au total une vingtaine de mois autour de Jupiter dont elle doit effectuer 37 survols, pour la plupart entre 10'000 et 4667 kilomètres au-dessus des nuages.

Les survols de Juno sont beaucoup plus proches que le précédent record de 43'000 kilomètres, établi par la sonde américaine Pioneer 11 en 1974.

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ATS