Affaires étrangères

Besoin d’un messager diplomatique? Demandez à la Suisse!

L’un des credos de la diplomatie suisse est de parler à toutes les parties en conflit «pour rétablir la confiance». Ses mandats de «puissance protectrice» ont presque doublé, passant de quatre à sept au cours des dernières années. Alors pourquoi y a-t-il un nouvel intérêt pour les bons offices de la Suisse? 

Ce contenu a été publié le 12 mars 2020 - 17:19
Philip Schaufelberger (illustration)

«Ils viennent nous voir et veulent que nous soyons le médiateur entre deux pays qui ne se parlent plus», déclarait à swissinfo.ch l'ancienne secrétaire d’État aux Affaires étrangères, Pascale Baeriswyl, peu avant de quitter son poste à la fin 2019. La diplomate y voyait un signe des tensions actuelles, «car il y a beaucoup de points chauds dans le monde avec des pays réduisant leurs relations bilatérales». 

Le pays alpin dispose actuellement de sept mandats de puissance protectrice, selon le décompte officiel. Il arrive juste après la Suède (qui en possède neuf), bien que tous les mandats suédois soient limités à la Corée du Nord.  

Avec ces mandats, Berne représente efficacement les intérêts des États qui ont rompu leurs relations diplomatiques. Un mandat de puissance protectrice signifie généralement assumer certaines tâches consulaires d’un État, telles que la délivrance de visas. Le pays mandaté peut également faciliter les négociations entre les deux nations concernées. 

Ces derniers temps, la Suisse a commencé à représenter les intérêts diplomatiques de l’Arabie saoudite en Iran et vice versa. Elle représente également l’Iran au Canada, tandis que les intérêts du Canada en Iran sont représentés par l’Italie. 

Berne a également signé un accord pour représenter les États-Unis au Venezuela, mais ce dernier mandat est toujours en attente de validation par le gouvernement de Nicolas Maduro à Caracas. Il n’est donc pas inclus dans la liste officielle. 

En plus de ces mandats récemment ajoutés, la Suisse représente l’Iran en Égypte depuis 1979, les États-Unis en Iran depuis 1980, la Russie en Géorgie depuis 2008, et la Géorgie en Russie depuis 2009. 

Ces bons offices de la Suisse ont commencé au XIXe siècle. Leur rôle n’a cessé de croître. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Berne jonglait avec 219 mandats, représentant 35 gouvernements dont les principales puissances belligérantes. Alors que l’ancêtre de swissinfo.ch, le Service des ondes courtes, tentait de défendre les valeurs d’une Suisse neutre tout en informant l’Europe occupée par les nazis. 

Depuis plusieurs décennies, les diplomates suisses ont également joué un rôle crucial dans le désamorçage de la crise des missiles de Cuba en 1962 et de la crise des otages américains en Iran en 1979-81.  

Plus récemment, la Suisse a facilité un échange de prisonniers entre les États-Unis et l’Iran en décembre 2019, une rare détente dans des relations qui autrement se détériorent. 

En avril 2019, elle a permis d’obtenir la libération d’un citoyen américain d’une prison au Venezuela. 

À la question de savoir si la Suisse est rémunérée pour ces bons offices, le ministère des Affaires étrangères répond qu’il ne s’agit que de frais payés. Alors pourquoi la diplomatie suisse tient-elle à offrir un service si complexe? 

«D’abord, nous voulons être utiles», déclarait en 2013 un ancien ambassadeur suisse en Iran, Philippe Welti, à swissinfo.ch. «C’est aussi une bonne occasion de rester dans l’esprit des autres gouvernements comme un partenaire utile - car normalement, lorsque des États sont en guerre les uns contre les autres, les tiers sont marginalisés. Et dans le cas de la Seconde Guerre mondiale, la marginalisation a été très dramatique, car elle s’est transformée en une attitude hostile à l’égard de la Suisse.» 

Il semble bien que le petit pays alpin ait finalement gagné un peu d’influence auprès des superpuissances mondiales de l’époque. L’année dernière encore, la Suisse a soudainement fait parler d’elle avec une rencontre entre le président Donald Trump et son homologue suisse Ueli Maurer. 

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