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Œufs à l’Aromat ou soda au petit-lait: ces habitudes alimentaires suisses qui étonnent le monde

Main versant de l'Aromat sur un oeuf dur.
Un œuf dur sans Aromat? Techniquement possible, mais rarement observé en Suisse. Keystone / Laurent Gillieron

La fondue, la raclette et le chocolat font partie de la carte postale culinaire suisse, mais ils ne racontent pas tout du palais helvétique. Pour le comprendre, il faut regarder du côté d’un œuf dur saupoudré d’Aromat ou d’une bouteille de Rivella.

La Suisse aime les assaisonnements; peut-être même davantage que ses voisins. Dans de nombreux bistrots traditionnels, le sel et le poivre ne règnent pas seuls sur les tables. À leurs côtés trônent aussi l’Aromat, un mélange d’épices et d’exhausteurs de goût, et le Maggi, un condiment liquide aux notes de bouillon qui rappelle le goût de la livèche. Pour beaucoup de Suisses, leur présence va tout simplement de soi.

Le Maggi et l'Aromat sur une table
Le Maggi et l’Aromat sont incontournables sur les tables des bistrots suisses traditionnels. Keystone / Peter Klaunzer

L’Aromat ne reste pas cantonné aux cuisines et aux restaurants. Il accompagne aussi les randonnées et les pique-niques. Il n’est pas rare de voir apparaître la petite boîte jaune au moment de déguster un œuf dur au sommet d’un sentier de montagne. Peu de Suisses y voient quoi que ce soit d’inhabituel.

Avec le temps, ces aromates ont trouvé leur place dans des plats où leur présence surprend parfois les étrangers. Ajouter quelques gouttes de Maggi à un risotto paraît parfaitement banal dans bien des foyers helvétiques. Une pratique qui susciterait sans doute quelques protestations de l’autre côté des Alpes.

L’attachement est tel qu’il dépasse parfois la simple question du goût. Lorsque l’éventualité d’un rachat d’AromatLien externe par un groupe américain a été évoquée cette année, de nombreux Suisses ont réagi comme si un élément du patrimoine national était menacé. Une réaction qui en dit long sur la place qu’occupe l’Aromat dans le quotidien suisse.

Inquiétudes autour de l’avenir de l’Aromat, un sujet du Téléjournal de la RTS du 10 avril 2026:

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Le soda qui sort de la fromagerie

La relation des Suisses avec le lait est connue. Raclette, Gruyère, Emmental ou fondue ont largement dépassé les frontières nationales.

Cette passion laitière prend toutefois parfois des formes plus inattendues, car les Suisses ne se contentent pas de transformer le lait en fromage. Depuis les années 1950, ils en font aussi… du soda.

Élaboré à partir de sérum de lait, le liquide qui subsiste après la fabrication du fromage, le Rivella est devenu l’une des boissons les plus populaires du pays. Là où d’autres voient un sous-produit de l’industrie laitière, les Suisses ont vu une boisson nationale.Lien externe

Son succès tient aussi à l’image qu’il s’est construite au fil des décennies. Pour plusieurs générations de Suisses, Rivella évoque les courses d’orientation, les camps scolaires, les randonnées ou les manifestations sportives. Après plusieurs kilomètres d’effort, une bouteille fraîche paraît parfois plus désirable qu’une oasis pour un voyageur du désert.

Gobelets de Rivella sur un table dans une manifestation de sport
En Suisse, la marque Rivella s’associe régulièrement à des événements sportifs. Ppr Media Relations Ag

Cette affection n’est toutefois pas universelle. Malgré de nombreuses tentatives, Rivella n’a jamais réussi à reproduire son succès à l’étranger. L’une des rares exceptions se trouve aux Pays-Bas. Peut-être est-ce un hasard. Peut-être aussi qu’un autre pays amoureux du fromage se montre plus réceptif à l’idée de transformer le petit-lait en soda.

De la bière en tartine

Un soda au petit-lait peut déjà sembler une idée inhabituelle. Transformer la levure de bière en pâte à tartiner l’est peut-être davantage encore. La Suisse n’est toutefois pas seule sur ce terrain. Les Britanniques ont leur Marmite, les Australiens leur Vegemite. Les Suisses, eux, ont leur Parfait et leur CenovisLien externe.

Comme Rivella, ces produits sont nés d’une logique aujourd’hui qualifiée d’économie circulaire. Dans les deux cas, il s’agissait de valoriser des sous-produits de l’industrie brassicole. Riches en protéines et en vitamines B, les levures de bière et les résidus de fermentation apparaissent au début du XXe siècle comme une ressource intéressante à une époque où l’approvisionnement alimentaire préoccupe les autorités et les industriels.

L’ambition est aussi sociale. Ces pâtes à tartiner doivent fournir un aliment nourrissant et abordable, capable de compléter ou de remplacer à moindre coût des produits plus onéreux, notamment la viande. Créé en 1931 dans une brasserie argovienne, le Cenovis résume cette ambition jusque dans son nom, construit à partir de racines latines évoquant le repas et la force.

Avec le temps, cependant, l’histoire nutritionnelle a laissé place à une histoire affective. Le Parfait est devenu une présence familière sur les tables suisses. Le Cenovis, lui, appartient à une catégorie plus particulière: celle des aliments que l’on adore ou que l’on déteste. Pour ses amateurs, il évoque l’enfance, les petits-déjeuners et une certaine idée du réconfort. Pour ses détracteurs, une seule tartine suffit parfois à confirmer qu’ils ne feront jamais partie du club.

L’histoire du Parfait racontée dans l’émission Couleurs d’été de la RTS du 3 juillet 2026:

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Quand le dessert s’invite au repas

La dernière grande particularité du palais suisse est peut-être sa tendresse pour le sucré-salé. Certes, la Suisse n’a pas inventé ces associations de saveurs. On les retrouve dans de nombreuses cuisines du monde, de la Chine au Moyen-Orient. Mais peu de pays européens semblent les avoir intégrées avec autant de naturel dans leur quotidien.

Cette proximité entre les deux univers gustatifs fait d’ailleurs partie de certaines traditions helvétiques. En terres fribourgeoises, la cuchaule s’accompagne de moutarde de Bénichon, une préparation dont la douceur évoque parfois davantage une confiture qu’une moutarde au sens où l’entendent les Français. Présent dans plusieurs régions alpines du pays, le pain aux poires témoigne lui aussi de cette ancienne habitude suisse de brouiller les frontières culinaires.

Les préférences helvétiques ne s’arrêtent pas là. La pizza Hawaï figure depuis des années parmi les variétés les plus populaires du pays. Dans une nation qui associe volontiers sucre et sel, l’idée d’ajouter quelques morceaux d’ananas sur une pizza paraît sans doute moins révolutionnaire qu’ailleurs.

Cette familiarité avec le sucré-salé ne fait toutefois pas l’unanimité. Dans les cantines et les réfectoires, de nombreux Suisses alémaniques mélangent volontiers dans leur assiette l’Apfelmus à leurs macaronis d’alpage ou leurs cornettes à la viande hachée. Romands et Tessinois mangent souvent les mêmes plats, accompagnés de la même purée de pommes, mais réservent généralement la purée de pommes pour le dessert.

Assiettes avec des macaronis, une saucisse et de la purée de pomme
Macaronis, saucisse et compote de pommes: erreur de casting ou coup de génie helvétique? Keystone / Urs Flüeler

Quant au riz Casimir, avec son mélange de curry, de crème et de fruits exotiques, il constitue probablement l’exemple le plus emblématique de cette tradition. Longtemps incontournable dans les restaurants et les cantines du pays, il suscite souvent davantage de perplexité à l’étranger. En 2023, il s’est même retrouvéLien externe dans le classement TasteAtlas des pires plats du monde, une distinction dont ses amateurs se seraient volontiers passés.

Aucune de ces habitudes n’est propre à la Suisse. Mais leur coexistence dans un pays aussi petit dessine un paysage culinaire étonnamment singulier. Un paysage dont les habitants ne perçoivent souvent l’originalité qu’au moment de franchir la frontière.

Texte relu et vérifié par Pauline Turuban

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Modéré par: Zeno Zoccatelli

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