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En politique, certains noms offrent une longueur d’avance

Carrières politiques : quand le nom de famille devient un atout de départ
Comme son père Hans Fehr avant elle (à droite), Nina Fehr Düsel (au centre) représente l’UDC au Conseil national. KEYSTONE/Walter Bieri

Dix membres actuellement en fonction du Conseil national et du Conseil des États ont un père ou une mère ayant déjà siégé sous la Coupole fédérale.

Avoir un parent déjà élu au Parlement fédéral constitue naturellement un avantage pour faire carrière en politique. Chez le conseiller national du Centre Vincent Maître, c’est même une affaire de famille: son père et son grand-père ont siégé sous la Coupole. La conseillère aux États du Centre Marianne Binder compte quant à elle un père et un beau-père parmi les anciens parlementaires fédéraux. Chez le Vert Kilian Baumann, ce sont les deux parents qui ont exercé un mandat à Berne.

«On est plus familier avec la politique et on ose davantage se porter candidat», explique Kilian Baumann à propos de cet avantage de départ. Nina Fehr Düsel (UDC), dont le père Hans Fehr a siégé au Conseil national sous les couleurs de l’UDC, estime pour sa part qu’on est simplement mieux armé et que l’on sait davantage ce qui nous attend. Après tout, en politique, il faut avoir la peau dure, dit-elle.

Elle souligne toutefois que le fait d’avoir la politique dans son ADN présente aussi des inconvénients: «On est confronté à des préjugés. Et l’on entend automatiquement: ‘Elle est exactement comme son père.’» Vincent Maître résume la situation en une formule: «J’avais un nom de famille, mais il m’a fallu du temps pour me faire un prénom.»

Les convictions politiques sont souvent une affaire de famille

Au fil des entretiens, le besoin de se démarquer revient souvent. Le conseiller national PLR Christian Wasserfallen, par exemple, insiste: «J’ai toujours dit que je ne suivais les traces de personne. Je trace ma propre voie.»

Mais lorsqu’on examine l’appartenance partisane de ces dix parlementaires fédéraux, on constate que la continuité familiale est frappante: tous ont choisi le même parti que leur père ou leur mère.

Et ce n’est pas un hasard, affirme Rahel Freiburghaus, professeure de politique suisse et comparée à l’Université de Lausanne: «Nous savons grâce à la recherche que les opinions politiques se transmettent effectivement de génération en génération.»

Fait intéressant, les recherches les plus récentes sur la socialisation politique en Suisse et en Allemagne mettent en évidence une différence entre les sexes: «Nous constatons que les fils reprennent les opinions de leurs deux parents, qu’elles soient de gauche ou de droite. Chez les filles, en revanche, la transmission des opinions de droite est nettement moins marquée», explique-t-elle.

En Suisse, les dynasties politiques pèsent peu

Dix des 246 membres du Parlement fédéral ont donc un père ou une mère qui siégeait déjà sous la Coupole avant eux. Autrement dit, un peu plus de 4% des parlementaires sont issus de ce que l’on pourrait appeler une dynastie politique.

Un chiffre étonnamment faible au regard de l’histoire de l’ancienne Confédération, estime Rahel Freiburghaus: «Tant dans les villes que dans les cantons ruraux, certaines familles dominantes se transmettaient les fonctions politiques de génération en génération.»

Et même en comparaison internationale, l’influence des familles politiques reste aujourd’hui relativement limitée en Suisse. «Au Japon, par exemple, un parlementaire sur trois est issu d’une dynastie politique», souligne la politologue.

Rahel Freiburghaus explique cette différence marquée par le système partisan. Au Japon, un parti domine largement la vie politique, tandis que dans d’autres pays d’Asie du Sud-Est, les partis restent peu structurés. Dans les deux cas, qu’il s’agisse d’un paysage politique dominé par un petit nombre de partis ou d’un système partisan encore peu institutionnalisé, l’appartenance familiale joue un rôle plus important dans l’accès aux fonctions politiques.

La Suisse présente une situation différente. Son système partisan est à la fois diversifié et solidement institutionnalisé. Dans ce contexte, les liens familiaux constituent beaucoup moins un passage obligé pour faire carrière en politique.

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