En Suisse depuis 30 ans, l’araignée Nosferatu suscite la crainte, mais n’est pas dangereuse
Avec l’arrivée de l’automne et la baisse progressive des températures, l’araignée Nosferatu fait à nouveau parler d’elle dans les journaux et sur les réseaux sociaux. Au-delà du cliché du vampire se nourrissant de sang humain, le battage médiatique autour de cet arachnide aide la recherche scientifique et le suivi sur le terrain.
L’araignée Nosferatu (Zoropsis spinimanaLien externe), aussi appelée zoropse à pattes épineuses, tient son nom du célèbre film de vampire de Friedrich Wilhelm Murnau, sorti il y a plus de cent ans. Sur son dos, au niveau du céphalothorax, un dessin clair sur fond sombre rappelle le visage du personnage de cinéma.
Sa taille – son corps, pattes non comprises, peut atteindre deux centimètres – et son surnom lugubre contribuent à attirer l’attention du public et à susciter une curiosité compréhensible, mêlée d’une certaine appréhension. Pourtant, cette araignée n’a évidemment rien à voir avec les vampires et ne se nourrit pas de sang.
En Suisse depuis plus de 30 ans
L’idée qu’il s’agirait d’une nouvelle venue relève elle aussi en grande partie du mythe. En Suisse, cette espèce originaire du bassin méditerranéen est présente depuis plus de trente ans. Les premières observations officielles remontent à 1993, dans la région de Bâle.
Depuis, en se déplaçant le long de nos principaux axes de communication et en profitant d’un climat favorable en raison du réchauffement climatique, l’araignée Nosferatu s’est établie avec succès dans plusieurs régions de Suisse. Elle privilégie les zones urbaines et l’intérieur des habitations.
La morsure de l’araignée est-elle dangereuse?
C’est précisément cette proximité qui suscite parfois des inquiétudes. Zoropsis spinimana fait partie des rares espèces de la faune suisse capables de nous mordre si elle se sent menacée ou si elle est écrasée accidentellement. Même si sa morsure peut être douloureuse, son venin n’est pas dangereux pour l’être humain et provoque une gêne localisée, comparable à celle d’une banale piqûre de moustique ou de guêpe.
L’araignée Nosferatu ne représente donc pas une menace et mérite d’être observée sous un autre angle, au-delà des clichés habituels et largement répandus. Sa présence offre aux scientifiques une occasion exceptionnelle: impliquer activement la population dans la recherche scientifique sur le terrain grâce à la science participative.
>> Le sujet de l’émission Mise au point sur l’araignée Nosferatu (20.11.2022):
Comment les médias et les réseaux sociaux aident la recherche
Une étude menée en Allemagne et publiée en 2025 dans la revue Basic and Applied Ecology a permis d’analyser la répartition de Zoropsis spinimana sur le territoire allemand. Pour comprendre comment cette araignée se propage, l’équipe de l’Université de Münster a étudié les relations entre les êtres humains et la nature en analysant nos comportements sur Internet, comme le nombre de recherches en ligne consacrées à cette araignée.
L’étude met en évidence une synchronisation surprenante: la diffusion de vidéos virales, notamment sur TikTok, et d’articles consacrés à l’araignée Nosferatu suscite immédiatement la curiosité en ligne. Celle-ci se traduit, avec environ un mois de décalage, par un pic de signalements de la part de la population sur les différentes plateformes de science participative, comme iNaturalistLien externe ou Observation.orgLien externe.
Cette masse considérable de données a permis de cartographier en temps réel la progression de l’araignée en Allemagne. Celle-ci se déplace du sud-ouest vers le nord-est, le long des autoroutes et des cours d’eau. L’analyse a également confirmé qu’en Europe centrale, elle vit souvent dans des environnements modifiés par l’être humain: 68,5% des observations ont lieu à l’intérieur des habitations, avec un pic de visibilité entre août et octobre.
Le paradoxe du sensationnalisme médiatique
Dans leur article, les chercheurs ont également étudié la manière dont les médias parlent de Zoropsis spinimana, soulignant qu’elle n’est pas toujours objective ni conforme aux connaissances scientifiques. Certains médias ont tendance à recourir à une communication sensationnaliste pour attirer le public, en insistant notamment sur la grande taille et la morsure douloureuse de l’araignée.
Ce type de narration a un effet collatéral négatif: il amplifie la peur et le dégoût que de nombreuses personnes éprouvent déjà envers les araignées, relève l’équipe de recherche. Associer systématiquement cet arachnide à des termes comme «venimeux», «vampire» ou «dangereux» détériore l’acceptation de la population à l’égard de ces animaux, qui jouent pourtant un rôle écologique précieux.
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Affronter l’araignée pour vaincre sa peur
L’étude met toutefois en évidence un curieux paradoxe. Si les titres sensationnalistes alimentent une peur souvent injustifiée, c’est précisément le battage médiatique qui a incité des milliers de personnes à collaborer avec la science et qui a permis de recueillir un grand nombre d’informations sur la répartition de cette espèce.
En Suisse aussi, les observations de Zoropsis spinimana augmentent au cours de la deuxième moitié de l’année, entre septembre et novembre, confirme Serena Pedraita, responsable du Centre de coordination pour les invertébrés d’Info fauna, le centre national de données et d’informations sur la faune suisse.
«Cette évolution s’explique à la fois par les habitudes de cette araignée, très liée aux environnements humanisés comme les habitations, et par la baisse des températures extérieures, qui pousse les animaux à passer davantage de temps à l’intérieur. On constate également que l’attention de la population augmente en fonction de l’attention médiatique.»
«Bien qu’originaire de la région méditerranéenne, Zoropsis spinimana n’est pas considérée comme une espèce invasive, car elle n’a pas d’impact plus important ni sur la faune locale ni sur la société, ajoute Serena Pedraita. Il reste toutefois important de signaler ses observations afin de suivre sa répartition.»
Adaptation en français par la RTS/Didier Kottelat
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