Des roquettes se sont abattues dimanche soir près de l'ambassade américaine à Bagdad, peu après un vote du Parlement. Les députés ont réclamé l'expulsion des troupes américaines du pays, encore sous le choc de l'assassinat du puissant général iranien Qassem Soleimani.

Depuis l'assassinat dans un raid américain vendredi en Irak de Qassem Soleimani, architecte de la stratégie iranienne au Moyen-Orient, et d'Abou Mehdi al-Mouhandis, l'homme de l'Iran en Irak et numéro deux du Hachd al-Chaabi, une coalition de paramilitaires pro-Iran intégrés aux forces de sécurité, le monde entier redoute une déflagration.

D'un côté, Téhéran crie "vengeance" et brandit une riposte "militaire". De l'autre, le président américain Donald Trump menace de détruire 52 sites "de très haut niveau et très importants pour l'Iran et la culture iranienne".

"Non à l'Amérique!"

Dimanche soir, comme la veille, des roquettes se sont abattues près de l'ambassade américaine dans la Zone verte de Bagdad, sans faire de victimes, selon des témoins. Depuis plus de deux mois, des dizaines de roquettes ont frappé des zones où se trouvent diplomates et militaires américains en Irak, tuant un sous-traitant américain fin décembre.

Les assassinats de Soleimani et de Mouhandis ont créé un consensus rare contre les Etats-Unis en Irak, pays secoué depuis des mois par une révolte notamment contre la mainmise de l'Iran. Au Parlement, en l'absence des députés kurdes et de la plupart des députés sunnites, de nombreux élus ont scandé "Non à l'Amérique!".

Le chef du Parlement Mohammed al-Halboussi a ensuite lu une décision qui "contraint le gouvernement à préserver la souveraineté du pays en retirant sa demande d'aide" adressée à la communauté internationale pour combattre le groupe Etat islamique (EI) -et donc à retirer son invitation à la coalition internationale. Cette dernière a déjà dit avoir "suspendu" le combat contre l'EI, car elle se consacre désormais "totalement" à la protection de ses troupes.

"Décision adoptée"

Dans le brouhaha, alors que parmi les 168 députés présents -sur 329- certains réclamaient un vote, M. Halboussi a annoncé: "décision adoptée!" avant de se retirer. Un vote salué par l'Iran qui a estimé qu'"avec l'adoption de cette loi, le maintien de la présence américaine en Irak équivaut à une occupation".

Les Brigades du Hezbollah, la faction la plus radicale du Hachd, avaient appelé samedi les soldats irakiens à s'éloigner "d'au moins 1000 mètres" des sites où sont présents des soldats américains à partir de dimanche soir. Ces sites pourraient être la cible d'attaques.

Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo, dont le pays compte 5200 soldats en Irak, a estimé qu'il y avait de "grandes chances" que l'Iran s'en prenne aux forces américaines en Irak ou en Syrie.

Le mouvement chiite libanais Hezbollah, dont les hommes sont engagés auprès du régime syrien et de son allié iranien, a appelé l'Irak à se libérer de l'"occupation" des Etats-Unis. Il a affirmé que l'armée américaine "paierait le prix de l'assassinat" de Soleimani. Face à la montée des tensions, Washington avait annoncé récemment le déploiement de 3000 à 3500 soldats supplémentaires dans la région.

L'Irak porte plainte

Dénonçant des "violations de la souveraineté de l'Irak", Bagdad a annoncé dimanche avoir convoqué l'ambassadeur américain et porté plainte auprès du Conseil de sécurité de l'ONU.

Les morts de Soleimani et Mouhandis ont suscité une immense émotion en Irak et en Iran. Dimanche, une marée humaine d'hommes et de femmes en pleurs cirant "Mort à l'Amérique" a déferlé dans plusieurs villes d'Iran, notamment la cité sainte chiite de Machhad (nord-est) où le cercueil de Soleimani est arrivé.

Les tensions entre Washington et Téhéran n'ont cessé de croître depuis le retrait unilatéral des Etats-Unis d'un accord conclu en 2015, assorti du retour de lourdes sanctions américaines contre Téhéran. L'Iran a annoncé dimanche qu'il ne se sentait désormais plus tenu par aucune limite "sur le nombre de ses centrifugeuses".

Téhéran avait indiqué plus tôt que son annonce "tiendrait compte" de la "situation nouvelle" créée par l'assassinat du général. Le pays a cependant indiqué qu'il continuerait à se soumettre volontairement au programme d'inspection particulièrement draconien mis en place à la suite de l'accord de 2015 sur le nucléraire iranien.

Le président français Emmanuel Macron a assuré Donald Trump de "son entière solidarité avec les alliés". Il a appelé l'Iran à s'abstenir "de toute mesure d'escalade militaire susceptible d'aggraver encore l'instabilité régionale". Avec la chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre britannique Boris Johnson, il a convenu de "travailler ensemble pour réduire les tensions dans la région", selon Berlin.

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