Omar Porras quittera le TKM en 2027, avec sa «Vieille dame»
Omar Porras s'apprête à quitter le Théâtre Kléber-Méleau (TKM) comme il y était entré: avec sa sulfureuse "Visite de la vieille dame". Le metteur en scène suisso-colombien quittera en juin 2027 le théâtre de Renens, près de Lausanne, après douze ans à sa tête.
(Keystone-ATS) Le hasard du calendrier a des airs de mise en scène. Au moment d’annoncer son départ, Omar Porras ressuscite au TKM le spectacle qui, plus de trente ans plus tôt, avait fait basculer sa carrière.
«La Visite de la vieille dame», de Friedrich Dürrenmatt, est née en 1993 dans un squat genevois. Porras a alors 30 ans, peu de moyens et une troupe, le Teatro Malandro, fondée trois ans plus tôt.
Dans cette fable cruelle, la richissime Claire Zahanassian revient à Güllen, la ville misérable qui l’avait chassée, et propose de la sauver en échange d’un meurtre: celui d’Alfred Ill, l’homme qui l’a autrefois abandonnée. «Que quelqu’un tue Alfred Ill», exige-t-elle, certaine que l’argent finira par faire plier les consciences.
Omar Porras incarne lui-même cette vieille dame extravagante et vénéneuse, bardée de prothèses et accompagnée d’un cercueil. Le spectacle, mélange de masques, de musique, de théâtre physique et de baroque latino-américain, devient l’une des signatures de sa compagnie.
La pièce lui vaut en 1994 le Prix romand du spectacle indépendant. Surtout, elle fait sortir le Teatro Malandro de la scène alternative genevoise: les grandes scènes s’ouvrent à la compagnie, qui part en tournée en Suisse, en France, en Allemagne puis en Amérique latine.
De Genève à la Comédie-Française
Porras n’abandonnera jamais vraiment sa «Vieille dame». Il la reprend en 2004, puis en 2015 et la recrée cette année au TKM, du 22 septembre au 1er novembre, avant une tournée en Suisse romande.
Entre-temps, le saltimbanque arrivé de Colombie est devenu l’une des figures majeures du théâtre suisse. Né à Bogota en 1963, il passe par Paris, où il découvre notamment le travail d’Ariane Mnouchkine, Peter Brook et Jacques Lecoq, avant de s’installer à Genève en 1990.
Avec le Teatro Malandro, il construit un langage immédiatement reconnaissable, nourri de traditions occidentales et orientales, de masques, de musique et d’un travail très physique de l’acteur. Shakespeare, Molière, Brecht, Lorca, Euripide ou Cervantès passent à la moulinette de cet univers volontiers carnavalesque.
Sa troupe voyage en Europe, en Amérique latine et au Japon. Porras travaille aussi pour la Comédie-Française, où il monte «Pedro et le Commandeur», nommé deux fois aux Molières en 2007, et s’aventure à l’opéra, de Mozart à Offenbach.
Les récompenses suivent. La Colombie lui décerne l’Ordre national du Mérite en 2007 puis la Médaille du Mérite culturel en 2008. En 2014, il reçoit le Grand Prix suisse de théâtre/Anneau Hans Reinhart, la plus haute distinction théâtrale du pays.
Un an plus tard, il prend les commandes du Théâtre Kléber-Méleau. Pendant douze ans, il y défend un théâtre de répertoire et de troupe, tout en faisant rayonner cette ancienne usine à gaz de l’Ouest lausannois au-delà des frontières régionales.
Une dernière saison
A 63 ans, Omar Porras a désormais décidé «d’ouvrir une nouvelle étape de son parcours», annonce le TKM dans un communiqué vendredi soir. Il quittera la direction à la fin juin 2027 mais signera encore la programmation de la saison 2027-2028.
Son départ coïncidera avec une autre mue: le bâtiment doit connaître d’importants travaux de rénovation et le théâtre va se chercher une nouvelle direction. Le processus de succession doit être lancé prochainement.