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Le putsch des généraux birmans mobilise l’ONU

Malgré l'interdiction de manifester, des dizaines de milliers de Birmans défilent chaque jour dans les principales villes du Myanmar pour protester contre le renversement du gouvernement d’Aung San Suu Kyi. Keystone / Lynn Bo Bo

Face au coup d’État de l’armée birmane, le Conseil des droits de l’homme tient ce vendredi une réunion d’urgence. Le projet de résolution porté par le Royaume-Uni et l’Union européenne presse notamment les généraux de s’abstenir de réprimer violemment les nombreux manifestants qui protestent chaque jour contre la destitution d’Aung San Suu Kyi et de son gouvernement.

Ce contenu a été publié le 09 février 2021 - 15:04

Après la résolution que le Conseil de sécurité de l’ONU a réussi à adopter à New York, c’est au tour du Conseil des droits de l’homme basé à Genève de se prononcer sur le putsch des militaires birmans perpétré le 1er février. Le texte du Conseil de sécurité appelle à la libération des détenus, mais ne condamne pas le coup d'État, le prix pour que la Chine et la Russie n'opposent pas leur veto. Une condamnation réitérée dans la première version du projet de résolution qui sera soumis au Conseil des droits de l’homme, sans garantie qu’elle s’y maintienne à l’issue de la session spéciale de vendredi.

La position du gouvernement suisse

État observateur du Conseil des droits de l’homme, la Suisse soutient la tenue de la session d’urgence sur la crise suscitée par le coup d’État des généraux birmans.

Le jour du putsch, Berne s’est déclaréeLien externe être «gravement préoccupée par la prise de pouvoir perpétrée par l’armée birmane. La Suisse soutient activement la transition démocratique au Myanmar depuis sa mise en œuvre et s’oppose à toute tentative d’altération des résultats des élections générales du 8 novembre 2020. Elle appelle à la libération du Président U Win Myint et de la Conseillère pour l’Etat Aung San Suu Kyi ainsi que de toutes les personnes qui ont été arrêtées ou placées sous résidence surveillée.»

La tenue de la session extraordinaireLien externe est soutenue par 19 membre du Conseil (sur 47) et par 28 Etats observateurs.  

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Les militaires birmans ont repris l’intégralité du pouvoir à l’ouverture de la première session du parlement issu des législatives de novembre dernier. Des élections massivement remportées par la Ligue nationale pour la démocratie (LND) d’Aung San Suu Kyi. Pour justifier leur coup et l’instauration de l’état d’urgence pour une année, les généraux birmans ont affirmé que le scrutin avait été entaché d’«énormes irrégularités» et promis de rendre le pouvoir après «la tenue d’élections générales libres et équitables».

Manifestations quotidiennes contre la junte

Une promesse qui n’a pas dissuadé les manifestations de colère. Depuis le week-end dernier, des dizaines de milliers de Birmans protestent chaque jour dans les rues de la ville portuaire de Rangoun, mais aussi à Naypyitaw, la nouvelle capitale, et dans d’autres villes du pays voisin de la Thaïlande. Une contestation qui unit les diverses composantes de la société bimane, des LGBT aux musulmans rohingyas, des étudiants aux fonctionnaires.

Et c’est le spectre des répressions de précédents mouvements de contestation durant les près de 50 années de régime militaire en Birmanie qui hante une nouvelle fois les esprits, alors que plusieurs manifestants ont été blessés par des tirs à balle réelle des forces de l’ordre.

D’autant que la difficile ouverture démocratique concédée par l’armée au début de la décennie 2010 n’a pas empêché la sanglante répression qui s’est abattue en 2017 contre les musulmans de l’ethnie rohingya. Un génocide, selon un rapport de l’ONU, clairement rappelé dans la résolution du Conseil de sécuritéLien externe et dans le projet de résolution négocié par les 47 membres du Conseil des droits de l’homme.

Des putschistes accusés de génocide

Parmi les nombreuses condamnations du putsch figure celle du Mécanisme d'enquête indépendant pour le Myanmar (IIMM), un organisme des Nations unies établi à la suite du nettoyage ethnique déclenché en 2017.

«J'espère sincèrement une résolution pacifique de la crise actuelle, a déclaré Nicholas Koumjian, le chef du MIIM basé à Genève. Toutefois, si de graves crimes internationaux et des violations du droit international sont commis, soyez assurés que le Mécanisme rassemblera les preuves et, conformément à notre mandat, nous constituerons des dossiers pour faciliter les procès afin que les responsables rendent des comptes devant les tribunaux internationaux, régionaux ou nationaux.»

Selon le rapportLien externe de la mission d'enquête de l’ONU (2018), Min Aung Hlaing, le chef de l'armée qui a pris le pouvoir le 1er février, et cinq autres hauts responsables militaires, pourraient être poursuivis pour «génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre».

Bien qu'il se concentre sur les allégations de génocide contre les Rohingyas, le mandat de l'IIMM est large et continu, couvrant «les crimes internationaux et les violations du droit international les plus graves commis au Myanmar depuis 2011». L’organe ne peut pas engager de procès, mais déclare partager les éléments de preuves avec la Cour pénale internationale, qui a ouvert une enquête concernant le Myanmar, et la Cour internationale de justice, où la Gambie a engagé une procédure pour génocide contre la minorité rohingya.

Une référence également brandie par les ONG. Amnesty International, par exemple, a déclaréLien externe que la session spéciale du CDH était un premier pas bienvenu, tout en rappelant que «la direction de l’armée du Myanmar comprend des auteurs présumés de crimes contre le droit international. On ne peut pas les laisser continuer à commettre des abus effrénés.»

Soulignant la participation active de Washington à la session spéciale du CDH, Joe Biden a annoncéLien externe des sanctions supplémentaires contre la junte militaire.

Une résolution adoptée à l’unanimité

À l’issue de la session extraordinaire organisée à la demande de l’Union européenne et du Royaume-Uni, le Conseil des droits de l’homme (CDH) a adoptéLien externe  - sans vote -  une résolution qui «déplore la destitution du gouvernement élu et demande la libération d'Aung San Suu Kyi et des autres personnes détenues arbitrairement.»

Lors de la session, l’Union européenne a condamné le coup d’État, tout comme la France ou les États-Unis. Dans sa déclarationLien externe, la diplomatie suisse a réitéré sa grave préoccupation, tout en soulignant que «le peuple du Myanmar a répondu de manière très claire à la prise du pouvoir par les militaires». Une allusion aux manifestations quotidiennes des Birmans, malgré leur interdiction par la junte.

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