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Le Conseil fédéral vole au secours de Philippe Roch

Certains reproches à Philippe Roch ses idéaux de militant écologique. Keystone

Des parlementaires veulent supprimer l'Office fédéral de l'environnement. Réponse claire du gouvernement: il n'en est pas du tout question.

A la fin de l’an dernier, 77 députés déposaient une motion demandant au gouvernement de supprimer l’Office fédéral de l’environnement, des forêts et du paysage. Non parce que son titre est trop long. Ni à cause de son sigle impossible. Dites OFEFP, juste pour voir.

C’est «une structure surdimensionnée et des coûts excessifs», disent les acteurs de la fronde parlementaire emmenée par le radical lucernois Hans Tschuppert. Il faudrait donc revoir cette administration qui vient à peine d’achever sa réorganisation.

Derrière la maison, un homme

Plus loin: les décisions de l’OFEFP seraient «difficilement acceptables, mal comprises ou contestées par le public», de surcroît «pas viables pour l’économie et la recherche suisses». Pire encore: cet office «met en doute la politique fédérale et les décisions démocratiques».

Dans ce réquisitoire, il ne manque plus que le nom du coupable. Les pétitionnaires restent polis, mais n’en accusent pas moins l’Office de l’environnement de vouloir «imposer les vues somme toutes personnelles de ses responsables».

Voilà qui devient soudain plus clair. D’autant qu’à cette époque-là, Philippe Roch, directeur de l’OFEFP, venait précisément de rejeter une demande de biologistes de l’École polytechnique fédérale de Zurich. Et que ce refus avait aussitôt provoqué l’ire de deux bonnes centaines de scientifiques.

Bataille autour des OGM

Les biologistes voulaient, dans la campagne zurichoise, planter 8 mètres carrés de blé transgénique pour vérifier sa résistance à un champignon. L’OFEFP avait dit non parce que, selon lui, les risques et dommages potentiels de cet essai ne pouvaient être évalués.

Et comme Philippe Roch n’en était pas à son premier ‘niet’, qu’il avait déjà rejeté la dissémination de semences transgéniques de maïs et de pommes de terre, ses adversaires n’avaient apparemment plus qu’une seule idée, ‘casser la baraque’.

Rendre les conflits transparents

Le Conseil fédéral réfute les arguments des 77 signataires de la motion et recommande au Parlement d’en faire de même. Si celui-ci passait outre, cela ne changerait pas grand chose puisqu’il n’a de toute façon pas la compétence de supprimer cet organe administratif.

Sur le fond du problème, le gouvernement admet que l’action en faveur du développement durable peut susciter de réels conflits d’objectifs. Mais qu’il importe plus que jamais de rendre ces conflits «aussi transparents que possible» et de justifier les décisions.

Les procédures de recours grèvent-elles le budget de l’État? On peut en douter à lire les chiffres fournis par le Conseil fédéral: en 2001, l’OFEFP a pris 4500 décisions en première instance, il n’y a eu que 14 recours.

Les pétitionnaires proposent aussi que chaque département de l’administration désigne son propre délégué à l’environnement pour compenser la suppression de l’office central. Ce n’est pas une solution, rétorque le gouvernement.

Un centre de compétence internationalement reconnu

Car disperser les tâches reviendrait à affaiblir la politique environnementale de la Suisse au moment même où elle dispose enfin d’un vrai centre de compétence. C’est grâce à lui que ce pays a réussi à jouer les premiers rôles dans les négociations internationales en matière d’environnement.

Grâce aussi à Philippe Roch. Un homme dont la nomination en 1992 avait déjà suscité la protestation de quelques dizaines de députés. C’est qu’il n’est pas originaire du sérail de l’administration mais du monde des ONG.

Cet ancien directeur du WWF-Suisse, il est vrai, n’a pas renié ses idéaux de militant écologiste. Il ne s’en cache pas. Et c’est bien ce que lui reprochent nombre de ses ennemis, politiques ou autres.

Alors, Philippe Roch, homme de parti pris? Oui, sans aucun doute, si l’on précise aussitôt, comme il l’écrit cette semaine dans le numéro spécial du magazine «Environnement» publié par l’OFEFP, que l’une de ses priorités est aussi «de mieux marier les intérêts économiques et écologiques».

Bernard Weissbrodt

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