Donald Trump s'en est pris rudement à Emmanuel Macron mardi avant le sommet du 70e anniversaire de l'Otan. Il a ainsi renforcé la zizanie entre des Alliés confrontés aux actions de la Turquie ou à la montée en puissance de la Russie et de la Chine.

Déjà assombries par de nombreux différends, les commémorations de Londres ont été marquées par une passe d'armes entre les deux présidents avant même le lancement des festivités officielles, mardi soir à Buckingham Palace.

Lui-même critique envers l'Otan, le locataire de la Maison Blanche a attaqué de front son homologue français pour avoir jugé l'Alliance en état de "mort cérébrale". Il a qualifié ses propos de "très insultants".

C'est un jugement "très, très méchant a l'adresse de 28 pays", a-t-il ajouté lors d'une conférence de presse avec le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg. "Personne n'a besoin de l'Otan plus que la France", a-t-il affirmé.

Menaces sur les produits français

Donald Trump a par ailleurs durement critiqué la volonté de Paris de taxer les géants technologiques des Etats-Unis. L'administration Trump a déjà menacé d'imposer des droits de douane pouvant atteindre 100% sur l'équivalent de 2,4 milliards de dollars de produits français dont le roquefort, les yaourts, le vin pétillant.

Face au président français plus tard dans la journée, le milliardaire a adopté un ton plus conciliant. Les deux dirigeants se sont accordés notamment sur leur capacité à surmonter ce que l'Américain a qualifié de "différend mineur" commercial.

Macron maintient ses propos

Concernant l'Otan, le chef de l'Etat français est resté ferme. Il "maintient" ses propos qui ont irrité la plupart des alliés. Ils visaient, selon Paris, à donner un coup de fouet à l'Alliance.

A l'origine des tensions, l'intervention lancée par Ankara en octobre dans le Nord-Est de la Syrie sans en informer les autres membres de l'Alliance. Emmanuel Macron et le président turc Recep Tayyip Erdogan devaient se retrouver avec Boris Johnson et Angela Merkel pour discuter du conflit syrien.

"Quand je regarde la Turquie, ils se battent à présent contre ceux qui ont combattu à nos côtés. Et parfois ils travaillent avec des intermédiaires de l'EI" (Etat islamique), a accusé M. Macron.

Nouveaux défis

Outre la Turquie, l'Alliance est confrontée à de nouveaux défis comme la montée en puissance de la Chine et la militarisation de l'espace, en plus de relations difficiles avec la Russie qui montre ses muscles sur son flanc Est.

Vladimir Poutine a dénoncé mardi le comportement "pas correct, voire grossier" de l'Otan, accusée par le Kremlin d'avoir continué à s'agrandir malgré les promesses faites, selon Moscou, avant la chute de l'URSS. Mais il s'est dit prêt à coopérer avec l'Alliance atlantique.

"Nous devons initier un dialogue sans naïveté avec la Russie pour réduire la conflictualité" avec ce pays, a soutenu Emmanuel Macron, réclamant comme "précondition" des "avancées" sur le règlement de la crise entre la Russie et l'Ukraine.

Face aux dissensions entre ses membres, le patron de l'Otan a défendu l'organisation. "Il ne faut pas mettre en doute l'unité et la volonté des alliés de se défendre les uns les autres", a-t-il ajouté, précisant que c'est la base de la dissuasion. Le secrétaire général espère se voir confier à Londres la mission d'améliorer la réflexion stratégique au sein de l'Otan.

"Mauvais payeurs"

Outre les attaques contre la France, Donald Trump, qui depuis son élection pousse ses alliés à augmenter leurs budgets militaires pour partager davantage le fardeau, a lancé une nouvelle charge contre les "mauvais payeurs" de l'Otan, notamment l'Allemagne.

Le milliardaire veut maintenir la pression pour leur faire respecter leur engagement de consacrer 2% de leur PIB à leurs budgets militaires en 2024. La France dépensera l'équivalent de 2% en 2025, mais l'Allemagne, à 1,42% en 2020, ne respectera pas son engagement avant le début de la décennie 2030.

S'il s'est félicité d'avoir "obtenu 130 milliards de dollars", en référence à la somme que le Canada et les membres européens auront ajoutée aux budgets de la défense en quatre ans, le magnat s'est dit insatisfait.

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