Une croissance plus longue des arbres ne garantit pas plus de bois
L'allongement de la saison de croissance des arbres lié au réchauffement climatique ne signifie pas forcément plus de bois produit ni de carbone stocké. Une nouvelle étude montre que la vitesse de formation des cellules ligneuses est plus décisive que la durée.
(Keystone-ATS) Une équipe internationale menée par l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL) a analysé les effets du climat sur la formation du bois. Ses conclusions, publiées dans la revue Science, remettent en question l’idée selon laquelle une période de croissance plus longue permettrait aux forêts de stocker davantage de carbone.
Les scientifiques ont étudié la xylogenèse, soit la formation de nouvelles cellules ligneuses, à partir de plus de 50’000 échantillons de bois de conifères provenant de quatre continents. «En observant les échantillons au microscope, nous pouvons voir exactement à quel moment les arbres forment activement du bois», explique Antoine Cabon, chercheur au WSL, cité dans un communiqué. Cette méthode permet aussi de mesurer la vitesse du processus.
20 ans d’observation en Valais
Un des sites étudiés se trouve dans le Lötschental, en Valais. Des prélèvements y sont effectués chaque semaine durant la saison de croissance depuis vingt ans. Selon le WSL, des observations aussi fréquentes sur une si longue période sont extrêmement rares et utiles pour la recherche.
L’équipe a constaté que la vitesse de production de nouvelles cellules ligneuses varie fortement, allant d’une cellule par mois à deux par jour. Et si des températures plus chaudes prolongent la saison de croissance, elles n’accélèrent pas indéfiniment la vitesse de production cellulaire.
Au-delà d’une température annuelle moyenne d’environ 6°C, la vitesse de formation du bois ralentit, probablement en raison d’une disponibilité en eau réduite. La croissance annuelle dépend donc davantage de cette vitesse que de la simple durée de la saison végétative.
Des bénéfices variables
Actuellement, les forêts boréales, plus froides, profitent de la hausse des températures avec une croissance plus longue et plus rapide. Dans les forêts tempérées ou méditerranéennes, ces bénéfices sont souvent atténués, voire annulés, par le ralentissement de la production cellulaire.
Ces résultats modèrent l’espoir que les forêts puissent massivement atténuer le changement climatique. Ils montrent qu’un ralentissement de la formation du bois réduit en fin de compte la capacité des forêts à agir comme des puits de carbone.