Vaud prévoit de tirer plus de cerfs pour protéger ses forêts
Le canton de Vaud renforce la régulation des cerfs, dont les effectifs progressent. Les plans de tir prévoient cette année le prélèvement de 612 animaux, soit environ 20% de plus que les deux années précédentes, afin de limiter les dégâts causés aux forêts et aux cultures agricoles.
(Keystone-ATS) Le cerf se porte bien dans le canton. Trop bien, même, dans certaines régions. Disparu autrefois du territoire vaudois, il a fait son retour dans les années 1980. Depuis, ses populations augmentent, favorisées notamment par des hivers moins rigoureux.
Cette progression nécessite une adaptation du plan de tir, explique vendredi à Keystone-ATS Frédéric Hofmann, chef de la section Chasse, pêche et espèces de la Direction générale de l’environnement (DGE). Les plans de tir sont passés d’environ 500 cerfs en 2024 et 2025 à 612 cet automne.
Les principaux contingents concernent le Mont Tendre, dans le Jura, avec 187 animaux, et le Pays-d’Enhaut, avec 180. Les objectifs ont en revanche été abaissés dans la région de la Dôle, où 78 cerfs sont prévus. Au total, 297 prélèvements sont planifiés dans les Alpes et 307 dans le Jura, auxquels s’ajoutent huit cerfs pour la chasse individuelle.
Des dégâts dans les forêts
L’enjeu consiste notamment à assurer la régénération naturelle des forêts tout en limitant les dégâts. Dans le canton de Vaud, qui compte de nombreuses forêts destinées notamment à la production de bois, les cervidés compliquent la gestion forestière. En broutant les jeunes arbres, ils peuvent réduire localement la régénération des forêts, déjà fragilisées par les sécheresses et les bostryches.
Selon le canton, l’équilibre entre la forêt et le gibier n’était pas atteint dans près de la moitié des forêts vaudoises en 2019. Une stratégie cantonale vise à le rétablir d’ici 2030.
Les dégâts touchent aussi l’agriculture. Au pied du Jura, les cerfs affectionnent le colza, dont ils se nourrissent à la fin de l’hiver. Plusieurs dizaines d’animaux peuvent brouter dans un même champ. «Les pertes de rendement peuvent alors atteindre plus de 50% sur certaines parcelles», relève Frédéric Hofmann.
L’objectif est de maintenir un équilibre entre la faune et son milieu naturel. Le canton s’appuie sur des comptages dans des secteurs clés, les résultats de la chasse, l’intensité des dégâts et la densité des effectifs de grands prédateurs. Les plans de tir sont élaborés avec différents partenaires, y compris français, les cerfs circulant de part et d’autre de la frontière jurassienne.
Des sangliers toujours plus proches
L’an dernier, 938 sangliers ont été abattus par les chasseurs, sans quota général. Et environ 400 tirs supplémentaires ont été réalisés par le corps de Police faune-nature de la DGE. La population de sangliers est particulièrement difficile à recenser.
Leur régulation est d’autant plus compliquée que ces animaux apprennent à déjouer les stratégies des chasseurs. «Si un premier sanglier peut être plus aisé à abattre, les suivants risquent fort d’adapter leur comportement», explique M. Hofmann.
Présents notamment dans le Jura et sur le Plateau, les sangliers gagnent du terrain vers les Préalpes et se rapprochent parfois des habitations. Une intervention a récemment été organisée dans la région de Morges pour en abattre.
Face aux dégâts dans les cultures, les prairies et les pâturages, Vaud a adopté un plan de gestion pour 2026–2032. Des tirs de régulation sont notamment autorisés dans plusieurs réserves naturelles, avec des plafonds pouvant atteindre 60 sangliers dans certains secteurs protégés.
Une chasse qui change de rôle
Depuis une dizaine d’années, la chasse vaudoise est de plus en plus considérée comme un outil de régulation des populations animales, au-delà de sa dimension de loisir et de passion.
Les quelque 700 chasseurs du canton n’apprécient pas toujours qu’on leur colle «l’étiquette de régulateurs ou de partenaires de l’État», même si leur rôle dans la gestion de la faune est devenu primordial.
La politique cantonale suit une double logique, résume M. Hofmann : restreindre la chasse d’espèces rares ou vulnérables, comme le lièvre, tout en contenant celles qui causent des dommages. Le chamois, dont les effectifs tendent à diminuer, fait l’objet d’un plan de tir limité à 237 animaux cette année.
La venaison trouve facilement preneur. Pratiquement tous les animaux abattus finissent dans l’assiette, selon Frédéric Hofmann. La demande est telle que les restaurateurs importent régulièrement de la viande de chasse, notamment d’Europe de l’Est.
Vaud bannit le plomb
Depuis le 1er août, les munitions contenant du plomb sont en principe interdites, moyennant quelques exceptions, notamment pour la chasse du chevreuil avec une arme à canon lisse. Vaud est le premier canton romand à prendre cette mesure, que d’autres devraient suivre ces prochaines années.
L’objectif est de prévenir la contamination des sols, des eaux et de la chaîne alimentaire par ce métal toxique, susceptible notamment de provoquer le saturnisme chez les rapaces. Les chasseurs avaient été avertis deux ans à l’avance.
Des munitions de substitution existent, mais elles sont parfois plus coûteuses. Certaines seraient aussi moins expansives, ce qui pourrait rendre la mise à mort du gibier moins immédiate. Frédéric Hofmann estime toutefois qu’il est encore trop tôt pour dresser un bilan.