Le dernier soupir du Wankdorf
4000 spectateurs, des dizaines de journalistes de la télévision et de la presse parlée et écrite, pour quelques secondes de spectacle. L'exécution du Wankdorf a fait recette vendredi. Pour l'anecdote, l'un des quatre piliers d'éclairage du vieux stade a vaillamment résisté aux terribles charges de dynamite. Il a donc fallu recourir à une machine de chantier pour le jeter à terre. Reportage.
Ambiance de kermesse sur la vaste plaine de l’Allmend vendredi après-midi. Entre appareils de photo, caméras vidéo et stands de saucisses, on sent tout de même une certaine émotion parmi les milliers de curieux massés sur les points les plus élevés du terrain environnant.
A 15 heures pile, sous la fine pluie qui s’est mise à tomber, trois coups de sirène retentissent. Un silence de mort, à peine troublé par quelques «Hopp YB !», cri de ralliement des supporters bernois, si souvent entendu sur les anciens gradins du défunt stade.
De l’effondrement de la tribune principale, le public ne verra finalement qu’un grand nuage de poussière. Les arbres plantés tout autour du Wankdorf l’empêcheront de voir cette structure de 1600 tonnes s’affaisser sous son propre poids.
Les mâts d’éclairage, eux, tombent de bien plus haut. Un, deux, trois… Tour à tour, ces piliers culminant à 50 mètres s’abattent lourdement sur la pelouse, comme les pieds d’une table de camping géante que l’on replierait après la fête.
Un pilier fait de la résistance
Et le quatrième pilier? La poussière dissipée, le public a beau se frotter les yeux: il est toujours debout. «C’est la poisse, mais ça peut arriver, explique Marco Zimmermann, le maître-artificier de l’opération. Les charges ont bien explosé comme prévu, mais l’armature de béton était peut-être plus solide que nous ne le pensions».
Après inspection sur place, décision est prise de recourir à une machine de chantier pour asséner le coup de grâce au mât récalcitrant. Ainsi s’achève une opération qui aura nécessité trois semaines de préparation et le forage de 450 trous dans lesquels seront placés les quelque 23 kilos d’explosifs et les 900 détonateurs reliés au poste de commande par quatre kilomètres de câbles.
Reste, maintenant, à déblayer les gravats pour entreprendre la construction du nouveau Wankdorf, dont l’ouverture est prévue à l’été 2004.
Haut lieu du football
Au Wankdorf, on joue au football depuis1925. Le stade dynamité vendredi avait été édifié en 1954 pour accueillir la Coupe du Monde.
1954, c’est l’année où la nouvelle Allemagne – celle de l’après-guerre – a battu, à la surprise générale, la Hongrie de Puskas en finale de la Coupe du Monde de football. L’année où la Suisse a fait bien plus que de la figuration en battant l’Italie à deux reprises avant de s’incliner en quart de finale devant l’Autriche.
Un autre moment fort: la rencontre du 15 avril 1959, devant 64000 spectateurs, entre les Young Boys et le Stade de Reims en demi-finale de Coupe d’Europe. Une affluence record, pour l’époque, qui ferait rêver n’importe quel dirigeant de club d’aujourd’hui.
Enfin, faut-il le rappeler, avec ses 76 finales de Coupe de Suisse, le Wankdorf qui a rendu l’âme vendredi restera dans toutes les mémoires comme un haut lieu du foot helvétique.
Marc-André Miserez
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