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Wim Wenders à Lausanne: la musique traverse tout son cinéma

Keystone-SDA

De Nick Cave à Lou Reed, la musique est indissociable du cinéma de Wim Wenders. De passage à Lausanne, le réalisateur allemand a évoqué devant une salle comble les artistes qui ont marqué son parcours, mais aussi son combat pour préserver ses films.

(Keystone-ATS) «La musique est la plus grande inspiration», a lancé Wim Wenders après la projection de «L’Etat des choses» (1982), mardi à la Cinémathèque suisse, accueilli par le directeur Vincenz Hediger, devant près de 750 personnes. «Je ne peux pas écrire quoi que ce soit sans entendre de la musique», a ajouté le cinéaste, auquel l’institution consacre une rétrospective jusqu’à la fin de l’année.

Wenders est notamment revenu sur le rôle de Nick Cave dans «Les Ailes du désir» (1987), avec Bruno Ganz. Pour préparer le film, il avait sillonné Berlin pendant trois mois à la recherche de lieux et de personnages, assistant au passage à «cinq, six, sept concerts de Nick Cave».

«C’était la musique la plus excitante qu’il y avait à ce moment à Berlin», s’est-il souvenu. Le musicien australien s’est imposé comme une évidence, tant il «faisait partie de cette ville» que Wenders voulait aussi documenter à travers la fiction.

Un Berlin disparu

Près de quarante ans plus tard, «Les Ailes du désir» témoigne aussi d’un monde disparu. «Cette ville que tu vois dans le film a disparu», a relevé Wenders à propos du Berlin d’avant la chute du Mur. «Mais ce qui existe encore et toujours, c’est la musique de Nick Cave.»

Le cinéaste a également évoqué son admiration pour Lou Reed et le Velvet Underground. «Si jamais j’avais pu faire de la musique, c’est cette musique que j’aurais aimé jouer.»

La musique irrigue encore «Perfect Days» (2023), où Hirayama, nettoyeur de toilettes publiques à Tokyo, vit au rythme de ses cassettes de Patti Smith, The Animals ou Nina Simone. Le titre lui-même renvoie au «Perfect Day» de Lou Reed.

Wenders nourrit la même fascination pour d’autres formes de création. Il a consacré des documentaires à la chorégraphe Pina Bausch, au photographe Sebastião Salgado ou au peintre Anselm Kiefer. Son dernier film porte sur l’architecte suisse Peter Zumthor, présenté à la Mostra de Venise, au ZFF et au Festival Lumière de Lyon.

«Le cinéma m’a vraiment sauvé», a raconté Wenders. A 20 ans, il hésitait entre peinture, photographie, écriture et musique, avant de découvrir que le septième art pouvait réunir toutes ces passions. «J’ai vendu le saxophone pour m’acheter une caméra.»

Sauver ses films

A Lausanne, le cinéaste de 81 ans a aussi insisté sur la nécessité de préserver son œuvre. Wenders a créé une fondation à laquelle il a confié ses films.

A une exception près, «Hammett», tourné aux Etats-Unis sous la houlette de Francis Ford Coppola, Wenders a produit lui-même ses films et en a conservé les droits. L’expérience hollywoodienne lui avait appris qu’il n’était pas fait pour être un «metteur en scène employé».

Cette indépendance lui permet aujourd’hui de garder la maîtrise de son catalogue. Il dit avoir vu des cinéastes perdre le contrôle de leurs œuvres au gré des faillites et des changements de propriétaires, jusqu’à ne plus pouvoir restaurer eux-mêmes leurs films.

Le travail est long et coûteux: image et son doivent être minutieusement repris pour adapter les œuvres à la diffusion numérique sans les dénaturer. «Il faut surtout que le film ne change pas», insiste Wenders. L’objectif est qu’il demeure «aussi beau que la toute première copie».

Une préoccupation qui trouve un écho particulier à la Cinémathèque suisse. Pour Wenders, la restauration est devenue une question de survie: «Si le film est juste sur pellicule, il est mort», a-t-il conclu.

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