La voix de la Suisse dans le monde depuis 1935
Les meilleures histoires
Démocratie suisse
Les meilleures histoires
Restez en contact avec la Suisse
Podcast
Paysans en costume avec des vaches

Aujourd’hui en Suisse

Chères lectrices, chers lecteurs,

Les questions transfrontalières sont à l’agenda de l’actualité de ce vendredi. L’initiative «Pas de Suisse à 10 millions!», soumise au vote le 14 juin, ravive le Röstigraben -cette fois au sein même de l’Union suisse des paysans.

Les flux financiers, eux aussi, traversent les frontières. Des capitaux en provenance du Golfe trouvent refuge dans la Suisse jugée «stable», tandis qu’un nouvel accord de l’UE sur le chômage pourrait contraindre la Confédération à mettre davantage la main à la poche.

Je vous souhaite une très bonne lecture,

Gare de Bâle
La gare principale de Bâle voit passer de nombreux travailleurs frontaliers en semaine. Keystone / Georgios Kefalas

Après de longs débats, l’Union européenne s’est accordée sur une réforme de l’indemnisation des travailleurs frontaliers au chômage. À l’avenir, ceux-ci ne seraient plus indemnisés par la caisse chômage de leur pays de résidence, mais par celle du pays où ils ont exercé leur dernier emploi. La décision finale pourrait tomber la semaine prochaine, et pour la Suisse, c’est une très mauvaise nouvelle.

Pour la Suisse, qui dénombrait plus de 410’000 frontaliers à la fin 2025, un tel changement se solderait par une facture particulièrement salée. Le Secrétariat d’État à l’économie ne souhaite pas pour l’heure rendre ses estimations publiques. Mais selon les différentes sources citées par les titres du groupe CH Media, le surcoût pourrait aller de 500 millions à un milliard de francs par an.

Cette réforme ne vise pas spécifiquement la Suisse. Les pays de l’Union qui comptent une part élevée de travailleurs frontaliers sont aussi concernés. Le changement toucherait tout particulièrement le Luxembourg, où près de la moitié des forces de travail provient d’un pays voisin de l’UE. Les Pays-Bas et la Belgique verraient également leur facture augmenter.

La réforme ne s’appliquera pas automatiquement à la Suisse. Toute modification devra être discutée dans le cadre du comité mixte Suisse‑UE, et Berne devra donner son accord. Le Conseil fédéral souligne donc qu’il conserve une marge de manœuvre politique, même si la pression sera forte pour reprendre cette réforme afin de rester aligné sur les règles européennes. Mais la pression est aussi interne: l’augmentation massive des coûts pourrait avoir une influence dans le débat sur les nouveaux accords avec l’UE et dans le cadre de la campagne de votation de l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions!».

Vue de Dubaï
Dubaï est depuis longtemps considéré comme un paradis fiscal pour les grandes fortunes. Aujourd’hui, les conflits dans la région provoquent un afflux de capitaux vers la Suisse. Keystone / EPA / ALI HAIDER

Ennuyeux, lent – mais stable. Le cliché du système politique et économique suisse se vérifie souvent. Et alors que le conflit au Moyen-Orient se prolonge, des milliards de dollars commenceraient à affluer du Golfe vers la Suisse.

Si nous avons déjà raconté comment des entrepreneurs suisses choisissent de rester dans le Golfe, notamment à Dubaï, cela semble concerner davantage leur lieu de vie que leur argent. Comme le relève la radiotélévision publique SRF, la Suisse marque des points grâce à sa stabilité et à son cadre fiscal. Patrick Akiki, responsable des services financiers chez PwC, a indiqué à la radiotélévision publique SRF que «plusieurs dizaines de milliards» étaient déjà en transit ou devraient être transférés prochainement.

Certains experts estiment que la Suisse restera, à long terme, une destination de choix pour les grandes fortunes. D’autres se montrent plus sceptiques. Déplacer des avoirs est relativement simple, souligne Christoph Schaltegger, directeur de l’Institut de politique économique suisse à l’Université de Lucerne. Autrement dit, les capitaux pourraient repartir aussi vite qu’ils sont arrivés. Et faute de visibilité sur les recettes fiscales réellement générées, la Suisse risque, au final, de se retrouver les mains vides.

Paysans en costume avec des vaches
Si l’agriculture suisse aime se présenter comme résolument helvétique et attachée à la tradition, elle dépend en réalité d’environ 35’000 travailleurs originaires de l’UE. Keystone / Gian Ehrenzeller

Les agriculteurs suisses disposent d’un poids politique considérable. Rarement leur position n’a été aussi forte qu’aujourd’hui. Mais à un peu moins de deux mois de la votation du 14 juin sur l’initiative «Pas de Suisse à millions!», l’Union suisse des paysans, habituellement soudée, se retrouve divisée.

Quelque 35000 travailleurs originaires de l’Union européenne sont employés dans l’agriculture suisse, ce qui rend le secteur fortement dépendant de la main-d’œuvre étrangère. C’est pour cette raison que le président de l’Union suisse des paysans, Markus Ritter, ne soutient pas l’initiative.

Mais les avis sont partagés. Les associations cantonales de Berne, de Schaffhouse, de Saint-Gall et de Zurich soutiennent le texte, tandis qu’une faîtière suprarégionale représentant la Suisse romande s’y oppose. La fracture épouse le «Röstigraben», la ligne de partage culturelle entre la Suisse alémanique et la Suisse francophone.

Pour Martin Haab, conseiller national UDC et président de l’Association des paysans zurichois, davantage d’habitants signifie moins de surfaces cultivables: «Les bonnes terres agricoles, les surfaces dites d’assolement, constituent la base de notre production et nous ne voulons pas y renoncer», a-t-il déclaré à la radiotélévision publique alémanique SRF. Pour lui, le soutien à l’initiative ne fait aucun doute.

Face à ces divisions, l’Union suisse des paysans a opté pour la liberté de vote. Une manière, selon son président Markus Ritter, d’éviter que l’organisation ne se déchire sur la question.

Jean-François Meylan
L’ancien président du Tribunal cantonal vaudois Jean-François Meylan a présenté son rapport sur l’«affaire Dittli» lors d’une conférence de presse ce vendredi à Lausanne. Keystone / Jean-Christophe Bott

Le Conseil d’État vaudois a convoqué la presse en urgence ce vendredi pour présenter les conclusions d’un rapport indépendant sur ce que l’exécutif qualifie désormais de «seconde affaire Dittli». L’enquête, menée par l’ancien juge Jean‑François Meylan, met sérieusement en cause la conseillère d’État Valérie Dittli, soupçonnée d’avoir conclu un accord confidentiel avec l’ancien président de la Commission foncière rurale.

Selon le rapport, une convention aurait lié les deux protagonistes: l’octroi de mandats rémunérés – dont l’un prévoyait un versement de 10 000 francs – en échange du retrait d’une plainte pénale visant la magistrate. Le Conseil d’État reproche à Valérie Dittli d’avoir caché des éléments essentiels au gouvernement et engagé des fonds publics sans en informer ses collègues.

Sur cette base, le dossier a été transmis au Ministère public, chargé de déterminer si les faits constituent des infractions pénales. Les autorités se gardent, à ce stade, de qualifier ces actes de corruption, mais n’excluent pas des suites judiciaires.

Politiquement, l’exécutif reconnaît que le rapport de confiance avec Valérie Dittli est «entamé» et difficile à rétablir. Aucune suspension n’est envisagée, un tel mécanisme n’existant pas en droit cantonal. Le gouvernement affirme toutefois vouloir poursuivre son travail jusqu’à la fin de la législature, en préservant autant que possible la collégialité.

Les plus lus
Cinquième Suisse

Les plus discutés

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision