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Arabesques gainsbouriennes

'Oh je voudrais tant que tu te souviennes...' swissinfo.ch

Jane Birkin de retour à Paléo! Avec un répertoire toujours aussi gainsbourien, mais cette fois-ci en version arabisante. Rencontre touchante avant le spectacle.

Orchestrer Gainsbourg dans des climats arabisants, il fallait oser. Pourquoi pas une adaptation sicilienne ou eskimo, au hasard? Et bien parce que. Parce que Philippe Lerichomme, le producteur et l’ami de toujours, l’a proposé, un jour de 1999, pour un spectacle à Avignon.

Parce que Djamel Benyelles, un remarquable musicien algérien, était là pour apporter son talent d’orchestrateur. Parce que Lucien Ginzburg, fils de russes juifs émigrés, qui a tâté du jazz, du rock, du reggae et de l’électro-funk, n’aurait sans doute pas vu d’inconvénient à ce que son oeuvre se métisse de sang maghrébin. Et puis parce que tant que la voix de Jane sera là, Gainsbourg ne pourra être réellement trahi.

Jane Birkin, tout de noir vêtue, commence par interpréter quelques chansons, accompagnée d’un simple piano. Puis après quelques titres, s’agenouille, et dit La chanson de Prévert. Emotion palpable sur ses lèvres, qui tremblent, et bien sûr dans le public. Alors seulement les musiciens entrent en scène, et c’est avec Elisa que commence réellement «Arabesque».

Trois hommes

Retour deux heures plus tôt. Jane est en chandail et jeans délavé, détendue. Nous parlons d’Arabesque, qui a déjà bien voyagé: Japon, Nouvelle-Zélande, Etats-Unis, Italie, Allemagne. Et en Algérie, à Alger et à Annaba. «En Algérie, les gens étaient ravis de nous voir et moi j’étais fière comme un coq!», dit-elle radieuse.

Nous parlons aussi de Philippe Lerichomme, «l’homme le plus intègre que j’ai connu de ma vie», précise Jane, qui ne tarit pas d’éloges à propos de cet homme de l’ombre qui a largement contribué au succès de Gainsbourg et de Birkin.

Puis Jane Birkin évoque Djamel Benyelles, l’extraordinaire violoniste algérien qui a métamorphosé les chansons du spectacle: «Un surdoué qui vient du Conservatoire d’Oran, qui a su prendre ce qu’il y avait de mieux des autres cultures et y ajouter la sienne. Il a su me faire entrer dans sa culture tout en sachant mes limites et en me faisant faire des progrès de manière très charmante, non humiliante… Et pourtant je n’ai pas le sens du rythme!»

Et bien sûr de Serge Gainsbourg. Selon Jane, cette adaptation lui conviendrait très bien: «Une sorte d’indulgence dans la mélancolie, et un pivotement vers la gaieté qu’on trouve dans l’âme slave, dans l’âme juive, dans l’âme arabe sans aucun doute, et tout en étant anglaise, ça m’a permis de prendre le même wagon, et de me sentir comme si j’étais un peu gitane», explique Jane Birkin avec ce sens de la formule qui fait craquer.

«Serge»

Serge. Au cours de la conversation, «Serge» est omniprésent. Au travers des chansons évoquées, Au travers des souvenirs liés à ces chansons. Au travers du statut de référence qu’il a atteint aujourd’hui à l’étranger: «A New York, tu n’as même pas besoin de le pousser, Serge, il vole tout seul!»

Parallèlement à «Arabesque», dont une version discographique paraîtra en octobre, Jane Birkin travaille à un nouvel album, dont elle devrait, pour la première fois, signer les paroles. Mais lorsqu’on l’interroge à ce propos, elle ne peut s’empêcher de placer Gainsbourg sur un piédestal et de se draper d’humilité:

«Plutôt que faire de nouveau appel à d’autres auteurs, le temps est venu de montrer qu’on n’est peut-être pas génial, mais que ce qu’on fait est vraiment soi. Un peu bordélique, Avec un ‘amassage’ de bagages et de poubelles qu’on trimballe avec soi, et qu’on trimballera toute sa vie. Je ne sais pas si ce sera intéressant, mais au moins ça sera vrai.»

De Gainsbourg à Gainsbourg en passant par Apollinaire

Et de poursuivre en citant quelques perles gainsbouriennes, pour illustrer à quel point, lui, était génial. «Une façon de jongler avec les mots pour, en un minimum de temps, avoir un maximum d’émotion. Comme Apollinaire, le poète le plus proche de lui. Serge avait le même goût pour l’érotisme. Le même côté enfantin pour les animaux drôles. Tous deux étaient romanesques, et rejetés par les filles. Et tous les deux étaient poètes… et tous les deux sont morts.»

Bien sûr, il y aurait encore l’une ou l’autre question à lui poser. Par exemple si, malgré la réussite que représente «Arabesque», elle ne tire pas trop sur la corde gainsbourienne. Ou si cette vie de gardienne du Temple n’est pas pesante. Ces questions, on les envisage, et puis on y renonce. Jane ne parle que de Serge. Vit au travers Serge. Jane est Serge. Alors pourquoi poser des questions inutiles?

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