Bécaud: «des graves et des aigus»
Gilbert Bécaud participait jeudi à la soirée d'ouverture des Francofolies de Nendaz, version suisse du festival créé il y a quinze ans à La Rochelle par Jean-Louis Foulquier. Au rendez-vous de ce concert, un inusable talent. Et 100.000 volts. Au moins.
Gilbert Bécaud (photo d’archive) participait jeudi à la soirée d’ouverture des Francofolies de Nendaz, version suisse du festival créé il y a quinze ans à La Rochelle par Jean-Louis Foulquier. Au rendez-vous de ce concert, un inusable talent. Et 100 000 volts. Au moins.
Il entre en scène comme un dompteur pénètre dans la cage aux lions, droit et digne. L’oeil est sombre. Très vite par contre, le sourire est celui du vieux complice, celui de l’homme qui sait être attendu en ami. Tout le spectacle oscillera entre ces deux pôles: la force et la complicité.
Bien sûr, Bécaud trimballe avec lui un certain nombre d’images d’Epinal: le costard bleu, la cravate à pois, sa façon de tutoyer le public et de suggérer les ovations. Bien sûr, certaines chansons sont à tel point des classiques qu’on pourrait en être lassé à l’avance.
Mais voilà. Les orchestrations actuelles, sans donner dans le jeunisme, offrent un sacré coup de neuf à son répertoire, on pense notamment aux versions explosives de «La solitude ça n’existe pas» et de «Et maintenant».
Et puis si Bécaud est avant tout un musicien, il n’en est pas moins un comédien: «Quand on écrit une chanson, on n’a pas le temps de tout dire, ça dure trois minutes. Il faut que l’interprète, d’une façon ou d’une autre, prolonge l’idée de l’auteur par son interprétation. Il doit faire passer des choses qu’on n’a pas eu le temps d’écrire» dit-il après avoir constaté qu’il joue une chanson davantage qu’il ne la chante.
Bécaud joue, et nous croyons qu’il est. Il est le jeune rêveur de «Dimanche à Orly». Il est le voyageur, mi-vagabond, mi-hidalgo de «Desperado». Il est l’amant déchiré de «Et maintenant».
Gilbert Bécaud, grand cabotin du show-biz? Peut-être. Mais un cabot qui, malgré son âge et la carrière que l’on sait, assure son «soundcheck» de la première seconde à la dernière, l’oeil et l’oreille attentifs à chaque détail. Et qui, plongé dans les réglages minutieux que nécessite tout spectacle, lâche au technicien une phrase lourde de sens: «Il me faut des graves et des aigus… Le milieu, j’aime pas!» On ne peut trouver plus belle métaphore.
Bernard Léchot
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