La voix de la Suisse dans le monde depuis 1935
Les meilleures histoires
Démocratie suisse
Les meilleures histoires
Restez en contact avec la Suisse
Podcast

Beau comme la guerre?

Armure de l’Archiduc Ferdinand II du Tyrol. swissinfo.ch

Acier, or et argent, luxe étourdissant... A Genève, l'exposition «Parures triomphales» s'intéresse au maniérisme dans l'art de l'armure italienne au 16e siècle.

Une centaine de pièces sont à découvrir jusqu’au 20 juillet au Musée Rath.

«La guerre n’est pas une science exacte, c’est un art», répondait récemment un ‘expert’ militaire, sur une chaîne de radio, à un journaliste qui lui posait une question à laquelle il ne savait que répondre. Espérons qu’à cet instant, la majorité des auditeurs a eu un haut-le-cœur.

Mais il est vrai que, au même titre que les mots aseptisent la réalité («nettoyer», «sécuriser», «dommages collatéraux»), les images ont parfois le talent de rendre beau ce qui est injustifiable.

Au cinéma, cela donne la formidable ‘esthétisation’ de l’horreur que fut «Apocalypse Now!» de Coppola. Sur papier glacé, cela mène à ces images d’avions de chasse luisant dans le soleil couchant…

Dans le contexte strictement militaire, cela a fait naître ces rutilances oubliées: uniformes de hussards du 1er Empire ou armures italiennes du 16e siècle…

Luxe éclatant

Au Musée Rath, à Genève, on est saisi par l’effrayante beauté des objets présentés. Ambiance sombre, lumières tamisées… Les ors des armures, des casques, des rondaches (boucliers ronds) n’en éclatent que davantage.

Car au 16e siècle, dans les sphères nobiliaires, on est évidemment très loin des chevaliers rustauds et patauds que nous imaginons volontiers évoluer au Moyen-Age.

Et si, en matière d’armures de luxe, le début de ce siècle-là vise plutôt à la pureté des lignes et au poli des surfaces, sa seconde moitié, une fois la Renaissance amorcée, joue du foisonnement et de la profusion.

Les références à l’Antiquité sont multiples. Dans les formes (les armures «à la romaine» sont celles qui imitent l’anatomie du porteur), et aussi dans les motifs gravés, par exemple sur les rondaches: jugement de Pâris, enlèvement d’Hélène…

Mais les motifs chrétiens sont aussi bien présents: conversion de Saint-Paul, combat de Saint-Georges et du dragon… A l’époque déjà, Dieu était nécessairement du côté des combattants.

Pour réaliser cette exposition, le Musée Rath a fait appel à des institutions des quatre coins de la planète, de Vienne à Madrid en passant par Berlin, New York, Paris, Saint-Pétersbourg, ou, bien sûr, Florence, Naples, Turin…

Vanitas vanitatum, et omnia vanitas!

La liste des propriétaires des armures qu’on peut voir à Genève ressemble un peu à un bottin mondain de l’époque: Alexandre Farnèse, Duc de Parme. Archiduc Ferdinand II du Tyrol. Henri II, Roi de France.

Les armures et accessoires de Philippe III d’Espagne, alors enfant, font sourire. Combien de temps ce mouflet a-t-il pu porter cet extravagant et délirant attirail? Une peinture de Justus Tiel, en 1590, témoigne pourtant qu’il l’a bel et bien portée!

Les artisans armuriers, par contre, pour la plupart, sont restés anonymes. A peine a-t-on retenu le nom de quatre frères milanais particulièrement remarquables, Filippo, Giovan Battista, Francesco et Alessandro Negroli…

Ces armures somptueuses et foisonnantes conféraient de la beauté à la guerre. Et de l’éclat aux puissants. Face au somptueux rassemblement genevois, l’esthète a l’œil qui brille.

Et l’humain pragmatique se demande si l’œil éclaffé du roi Henri II était également plus élégant dans un casque de ce genre, lorsqu’un éclat de lance le blessa, un beau jour de 1559…

Quoi qu’il en fût, le souverain en mourut dix jours plus tard.

swissinfo, Bernard Léchot, Genève

– «Parures triomphales» s’intéresse au maniérisme dans l’art de l’armure italienne au 16e siècle.

– 100 pièces, en provenance de nombreux musées (Vienne, Madrid, Berlin, New York, Paris, Saint-Pétersbourg, Florence, Naples, Turin etc.) sont présentées.

– Foisonnement et richesse des formes comme des gravures, les références vont à l’Antiquité ou au monde chrétien.

– L’exposition se tient jusqu’au 20 juillet.

– Le catalogue de l’exposition, signé José-A. Godoy et Silvio Leydi, compte 576 pages et 400 illustrations. Edition des 5 continents, Milan.

Les plus appréciés

Les plus discutés

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !

Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision

SWI swissinfo.ch - succursale de la Société suisse de radiodiffusion et télévision