Black and blonde ladies
Angie Stone et Marianne Faithfull: deux chanteuses aussi différentes que l'on peut l'être. Chacune à sa manière, elles ont envoûté le Montreux Jazz jeudi soir.
C’est la blonde Marianne qui ouvre les feux. Depuis quelque temps, on l’a beaucoup vue sur les plateaux de télévision et dans les journaux. Normal, elle vient de sortir «Kissin’ Time», un de ses meilleurs disques depuis longtemps.
Avec des contributions aussi éclectiques que celles de Beck, Dave Stewart ou Etienne Daho, la chanteuse anglaise semble atteindre, à 55 ans, sa pleine maturité. Cette nouvelle «œuvre» – elle lâche le mot en français en s’excusant presque de son côté pompeux – constitue l’essentiel du répertoire.
Les climats sont envoûtants, crépusculaires, presque pesants, mais jamais sinistres. Revenue de tous les enfers, sans espoir de gagner un paradis auquel elle dit ne pas croire, «la» Faithfull est capable de chanter les choses les plus noires avec un détachement, voire un humour finalement très «british».
L’heure n’est pas à la nostalgie. Celle qui fut la petite amie d’au moins deux des Rolling Stones (sans oublier David Bowie et Jimi Hendrix) a depuis longtemps laissé aux seuls médias le soin de cultiver son image d’icône des sixties.
Alors à part une chanson dédiée à Nico (autre groupie légendaire) et une reprise tellurique du «Working class hero» de John Lennon, c’est une musique intemporelle que nous offre Marianne Faithfull.
Soutenue par un quatuor de jeunes talents (trois Ecossais, un Irlandais), cette voix à la fois rocailleuse et terriblement puissante confère à la moindre bleuette une force qui vous remue jusqu’aux tripes.
Les instruments s’en tiennent à des lignes minimalistes, la batterie semble ne jouer que sur la grosse caisse et sur les toms basse, les chansons sont dépouillées de toutes fioritures pour mieux aller à l’essentiel. Et le public est envoûté, même si la salle est encore pratiquement à moitié vide.
Soul family
L’Auditorium est à peine mieux rempli lorsqu’Angie Stone et les siens investissent la scène. Petite bombe remplie d’énergie, cette native de Caroline du Sud passe pour un des piliers de la renaissance de la soul music, façon Aretha Franklin, Curtis Mayfield et Marvin Gaye.
«Comment se fait-il que vous soyez assis?», lance-t-elle incrédule en découvrant le parterre à moitié occupé par des rangées de chaises que le public ne s’est pas privé d’investir.
Hélas, ce band parfaitement huilé, avec ses chœurs couleur gospel, ses cuivres rutilants, sa rythmique torride et sa chanteuse impeccable ne parviendra pas à les faire lever. C’est un peu comme si l’ensemble tournait à vide, n’enthousiasmant vraiment que les quelques traditionnels agités des premiers rangs.
Peut-être desservis par un son pas toujours très net, Angie Stone et sa bande auraient assurément mérité un brin de folie en plus. Mais cette relative mollesse n’empêche pas la salle de remercier chaleureusement des artistes qui ne ménagent pas leur peine.
After mignight
Il est 0 h 40 sur le Strav’. Les chaises sont toujours là et le public de plus en plus clairsemé. Les Detroit Innovators, réunion improbable de talents autour d’une légende de la soul (Leon Ware) et d’un pionnier de la dance (Carl Craig), entament leur set avec une douceur inattendue.
Mais ceci est un autre histoire.
swissinfo/Marc-André Miserez à Montreux
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