Blanchiment: les journaux commentent les accusations françaises
Au lendemain de la publication du rapport parlementaire français sur le blanchiment d'argent en Suisse, les journaux helvétiques couvrent largement la nouvelle. Les échos sont également nombreux à l'étranger, en particulier en France.
«Le rapport qui accable la Suisse», titre Le Temps. Arnaud Montebourg, rapporteur de la commission parlementaire française, y est décrit comme un politicien «gauche caviar» qui adore déplaire, aussi bien à l’étranger que dans son propre pays.
Toujours selon Le Temps, le rapport n’est certes pas dépourvu de défauts. Mais il ne faudrait pas le sous-estimer. En particulier, le Département fédéral des finances devrait réfléchir aux moyens qu’il utilise pour lutter contre le blanchiment, avant que d’autres émissaires étrangers ne le fassent à sa place.
24 heures abonde dans cette direction, en estimant que «nos voisins ont parfaitement saisi que la Confédération helvétique ne réagit qu’au chantage». Et d’ajouter que la Suisse ne pourra rester indifférente à ces remontrances.
Pour Le Matin, «les banquiers ont raison de crier à l’insulte et de recommander aux Français de balayer devant leur porte». Mais le journal les appelle également à plus de sincérité et de transparence.
Côté alémanique, la Neue Zürcher Zeitung titre sur une interrogation: «La Suisse fait-elle partie de ceux qui recyclent?» Et montre du même coup la prudence avec laquelle elle affronte les critiques françaises. Le journal zurichois estime cependant que les propositions des parlementaires français méritent d’être discutées.
Le Bund se fait plus provocateur, en titrant «Le nouveau Saint-Just français». Tout en reconnaissant les bonnes intentions d’Arnaud Montebourg, le quotidien bernois observe qu’en brandissant des accusations larges, le rapport perd en efficacité. Le journal invite malgré tout la Suisse à accueillir ce document comme une stimulation pour poursuivre les efforts actuels.
Selon le Corriere del Ticino, le rapport – «une attaque non-motivée» – servirait à préparer le terrain pour une longue campagne destinée à obliger la Suisse à abandonner un instrument qui déplaît à l’Union européenne.
Si la presse helvétique oscille entre critiques vis-à-vis du rapport et auto-critique, les journaux français, eux, rapportent fidèlement l’avis de ses parlementaires.
«En Suisse, on blanchit toujours», titre Libération. S’en suit une constatation: les scandales français conduisent souvent aux coffres des banques suisses. Il était donc logique que la mission parlementaire «s’intéresse à ses voisins helvètes».
Un avis partagé par Le Monde, pour qui l’intérêt de cette enquête est «manifeste», après des scandales comme l’affaire Sirven.
Selon Le Figaro, seul quotidien hexagonal à avoir consacré sa une à l’événement, la tradition de secret bancaire helvétique a été mise «au pilori». Le quotidien consacre une page entière au sujet. Il y mentionne notamment que le socialiste Arnaud de Montebourg, rapporteur de la mission, est «souvent jugé trop médiatique par ses pairs du PS».
Le quotidien complète son article par deux interviews: celle de Felipe Turover, un témoin clef de l’affaire Mabetex qui abonde dans la direction des politiciens français, et celle de Bernard Bertossa. Le procureur genevois redoute notamment que ce document ne pousse les Suisses à se méfier encore plus de l’Europe.
Caroline Zuercher
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