«Bon à découper» entaille la chair
Dans le cadre de la campagne contre la torture, menée par Amnesty International, la Comédie de Genève accueille dans son Foyer une exposition interactive.
L’affiche de l’exposition est à elle seule un manifeste. Une jeune fille, ventre à l’air, tient ses bras croisés sous son visage – qu’on devine. Au-dessus de son nombril, passe une ligne en pointillé qu’une paire de ciseaux s’apprête à découper. Mordant, sans scrupule, le tissu de la vie.
La voix d’un enfant en pleurs
«Bon à découper». C’est ce qu’on lit sur l’affiche. C’est aussi le titre de cette exposition présentée au Foyer de la Comédie de Genève, dans le cadre de la campagne contre la torture menée par Amnesty International.
Films, dessins, photos, installations électroniques, les oeuvres de cette exposition ont été conçues par des étudiants appartenant à l’Antenne Jeunes de Thonon-les-Bains (FR) et au Groupe universitaire de Genève d’Amnesty International. Tous ont conjugué leurs efforts pour laisser entendre le cri de la vie.
L’expression est à prendre ici au sens propre. Car, d’entrée de jeu, le visiteur est accueilli par un bruit indéfinissable, persistant, qui au bout d’un moment s’avère être la voix d’un enfant en pleurs, diffusée par une bande-son. Perplexe, on cherche la source de cette voix.
Et on la découvre émanant d’un cylindre à l’intérieur duquel une assiette vide attend un improbable consommateur. La faim d’un gamin pourrait être celle générée par une guerre injuste. On pense aux petits afghans.
«La Convention des Nations Unies contre la torture, dit un texte à l’entrée de l’exposition, désigne tout acte par lequel (…) des souffrances aiguës, physiques ou morales, sont (…) infligées à une personne».
L’innocence capturée
L’enfance maltraitée semble préoccuper le plus les artistes de cette exposition. Une centaine de dessins en noir et blanc évoquent l’univers de l’innocence capturée. Celle-ci s’incarne dans ce qui ressemble à un journal intime tenu par une petite fille, Lubna (un prénom arabe).
Prisonnière d’on ne sait quel cauchemar, la fillette tente une évasion par l’imaginaire. Et c’est touchant. Comme l’est cette fable racontée en dessin animé. Où l’on voit un Chinois qui découpe en mille morceaux un petit bonhomme pour en faire des pâtés et les manger. Où l’on découvre ensuite que le bonhomme est un grain de riz. Le film s’achève sur ces mots: «No comment».
Ghania Adamo
«Bon à découper». Exposition présentée au Foyer de la Comédie de Genève; jusqu’au 20 décembre. Entrée libre. Tel: 022/320 50 00
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