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Exotisme ensoleillé… en plein air

L’Inde au cœur des vénérables murs de la Piazza Grande. Swissinfo / SRI

Dimanche soir, la météo à permis au public de Locarno de retrouver sa chère Piazza Grande. A l'affiche, un film fleuve (224 minutes) en provenance de l'Inde: «Lagaan», de Ashutosh Gowariker.

Image rutilante. Son parfait. D’aucuns attendaient-ils une technique crapoteuse? Ce serait oublier que l’Inde est le premier producteur de cinéma du monde, et qu’à «hollywoodien» répond désormais l’adjectif «bollywoodien».

Par rapport à la masse des films à l’eau de rose que produit annuellement le cinéma indien, «Lagaan» fait figure d’exception. Car l’intrigue s’inscrit dans un contexte politique bien précis – le colonialisme britannique – ou plutôt, c’est le contexte politique qui en fait l’intrigue.

En 1893, le Centre de l’Inde souffre de sécheresse. Les habitants du village de Champaner, le beau Bhuvan en tête, demandent au Rajah de la province de les dispenser de l’impôt en nature sur les récoltes, le «lagaan», justement. Pas de chance: les Britanniques, en la personne du très puant capitaine Russell, ont justement décidé de doubler l’impôt cette année-là.

Par jeu et par provocation, Russell met alors les villageois au défi de battre au cricket son équipe d’officiers. S’ils gagnent, ils seront dispensés du lagaan pour trois ans. S’ils perdent, le lagaan sera triplé. Malgré les craintes de ses amis, Bhuvan accepte le défi.

Problème toutefois: les Indiens connaissent le cricket comme vous et moi la physique quantique. Mais par chance, la sœur de Russell, aussi belle que généreuse, et fort sensible au charme de Bhuvan, est prête à dispenser discrètement des explications sportives aux villageois…

L’artifice, qui nécessite la connivence

Si le fond est donc ancré dans un propos politique, la forme, elle, reste celle d’un film indien, parfaitement kitsch. Les couleurs vives des vêtements rayonnent dans la lumière, les pauvres villageois ont d’impeccables coupes de cheveux, et régulièrement, une séquence chantée et dansée vient donner au récit une allure de comédie d’un autre temps.

Question jeu d’acteur, on se croirait presque à l’époque du cinéma muet: tout est formidablement sur-joué, dans les gestes comme dans les expressions. Une faculté à la redondance qui nous rappelle les vieux Blake & Mortimer: «Les regards se levaient vers le ciel», dit une voix off… et les regards se lèvent vers le ciel.

Habitués que nous sommes à un cinéma plus naturaliste, pour ce type de sujets en tout cas, on a tendance à glousser. Et on a sans doute tort. Les dizaines de milliers de spectateurs qui se pressent à l’entrée des récentes comédies musicales françaises, de «Notre-Dame de Paris» à «Roméo et Juliette» en passant par «Les dix commandements», vont-ils voir autre chose qu’une sorte de conte baroque, qui ne fonctionne que sur les conventions du genre? Allons plus loin… l’opéra lui-même repose-t-il sur autre chose que l’acceptation tacite, par le spectateur, de l’artifice et de la convention?

Bernard Léchot, Locarno

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