Feel Good?
A Paléo, le vénérable et néanmoins bouillonnant James Brown a mis un terme à la soirée de vendredi. Victoire aux points...
Sous le chapiteau, le «beau bizarre» Christophe égrène son répertoire étrange et sophistiqué. Un répertoire fondé dans les années 60, mais qui n’a cessé d’évoluer aux cours des décennies. En puisant dans chacune, Christophe est parvenu à créer un univers dense et touffu, où les samplers du 3e millénaire côtoient des guitares millésimées sixties.
Mais à l’approche de minuit, c’est devant la grande scène que la masse des spectateurs se rassemble, en attente d’un autre héros estampillé sixties, le «Godfather of Soul», James Brown.
Dans les premiers rangs, le public est étonnement jeune, et survolté. Qui attend-il? Le chanteur, ou la formidable banque musicale que les artistes de sa génération ont largement pillée à coups de samplings et d’emprunts divers?
Goût du décorum
Il est un peu plus de minuit. Pantalons blancs, vestes rouges, nœuds pap’ noirs, les musiciens entrent en scène, et se lancent dans l’échauffement préalable à toute prestation du Maître. Registre big band jazzy.
Malgré un léger doute, vous n’êtes pas ivre: chez James Brown, tout est double. Les mentons peut-être, mais aussi les musiciens: deux batteurs, deux bassistes, deux guitaristes, deux claviers. Et quatre souffleurs, rejoints bientôt par quatre choristes, dans de foisonnantes robes rouges.
«Are you ready for some dynamite soul?», s’égosille un vieux Monsieur Loyal, noir de peau et blanc de fringues, manifestement rompu à l’exercice. Oui, oui, on l’est. Et James Brown de faire son entrée, salué par la foule comme s’il était arrivé en marchant sur l’eau.
Boule de nerf, boule de rythme, James Brown a indéniablement gardé la pêche. Il trépigne, chante quelques strophes, arpente la scène, pousse toujours aussi efficacement ses hurlements déchirés. Et par chance, n’a pas oublié de prendre avec lui le pied de micro à socle rond qui contribua tant à sa gestuelle scénique.
L’art du remplissage
L’orchestre de James Brown carbure à plein régime, maîtrisant évidemment aussi bien le funk plombé que les syncopes ahurissantes. La section de cuivres est parfaite, le tout a des allures de puissante et clinquante américaine roulant vite, mais confortablement, sur une motorway by night.
A tel point que le Godfather en use et en abuse. Les parties instrumentales se multiplient, les solos (sax, guitare, claviers, batterie), quoique brillants, sont souvent interminables.
Les «Feel good?» lancés à intervalle régulier par James Brown et son sourire carnassier aux dents plus blanches que blanches n’y changent rien. Après deux titres (dont une reprise de «Try A Little Harder») interprétés par une autre voix (féminine et remarquable), ainsi qu’une longue digression jazzy, le public connaît une sérieuse hémorragie.
Il faut dire à sa décharge qu’en matière de gros tubes, il n’a eu droit pour l’heure qu’au kitchissime et stallonien «Living in America»… Mais les plus patients seront toutefois récompensés: c’est à l’approche des une heure trente que James Brown enchaînera «It’s a Man’s Man’s World», «I Feel Good» et «Sex Machine». La persévérance est toujours payante.
swissinfo/Bernard Léchot
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