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Festival de cauchemars

Bienvenue au culte de Dagon, image tirée du site du film "Dagon". swissinfo.ch

Le 2e «Neuchâtel international fantasy film festival» a débuté jeudi. Notamment au programme de la soirée: «Fausto 5.0» et «Dagon». Ames sensibles s'abstenir.

Salle honnêtement remplie, sans être comble. Public jeune. Bref discours préliminaire d’Olivier Müller, le patron de cette encore nouvelle manifestation dans la jungle des festivals helvétiques… Et le «NIFFF», 2e édition peut commencer.

D’aucuns se demandent s’ils rêvent en couleur ou en noir blanc. Pour le moment, à Neuchâtel, c’est indéniablement en couleur. Sauf qu’il ne s’agit pas de rêves au sens moelleux du terme, mais bel et bien de cauchemars. Cinématographiés avec plus ou moins de finesse.

Goethe revisité avec talent

Premier frisson: en première suisse, et en compétition à Neuchâtel, le film espagnol «Fausto 5.0», signé par trois réalisateurs: Isidro Ortiz accompagné d’Alex Ollé et de Carlos Padrissa, deux metteurs en scène issus de la troupe catalane «Fura dels Baus». Lesquels, après avoir adapté le mythe de Faust dans le cadre d’un spectacle multimédia, puis en opéra, bouclent donc leur trilogie par une approche cinématographique.

Le hasard d’un congrès amène le docteur Fausto (Miguel Angel Sola, version ibérique de Bruce Willis), spécialiste en médecine terminale, à croiser le chemin d’un ancien patient, auquel il avait prédit une mort imminente pour cause de cancer avancé. Mais voilà, huit années se sont écoulées entre temps. Et l’homme en question (le ténébreux Eduard Fernandez) se porte comme un charme. Un charme vénéneux, d’ailleurs.

Car ce miraculé a de bien étranges facultés: notamment celle de pouvoir exaucer tous les vœux du docteur déboussolé. Les vœux les plus sympathiques – faire sortir un patient du comas, ou s’envoyer en l’air avec une minette de passage – comme les moins avouables: voir mourir un confrère agaçant, par exemple.

Du début à la fin, le film baigne dans une lumière verdâtre et onirique, et bénéficie de décors parfaits. Mélange de rêve et de réalité, terrible engrenage de ce pacte involontairement signé avec le diable, spirale affolante, l’angoisse du médecin devant son incapacité à maîtriser son inconscient – et donc l’impact de ses ‘vœux’ – est saisissante.

Lovecraft tendance gore

Deuxième partie de soirée. Nous sommes là dans le cadre de la rétrospective Yuzna & Gordon, ces deux champions américains du cinéma fantastique, figures de proue de la bien nommée «Fantastic factory» récemment implantée en Espagne. «Dagon», paru en 2001, est d’ailleurs le 2e film réalisé par ce studio.

L’Américain Stewart Gordon vient lui-même présenter «Dagon». Physique rondouillard, visage barbu et jovial, on l’imaginerait plutôt maître-queue dans un bistrot gourmand que fabriquant de films à frissons. Et de expliquer que «Dagon» a été inspiré par deux romans de Lovecraft, et qu’il s’agit là d’un projet vieux de quinze ans, impossible à monter aux Etats-Unis parce que «too weird»: trop étrange.

L’intrigue en quelques mots: non loin de la côte espagnole, un jeune yuppie se balade avec sa femme et deux amis à bord d’un yacht. Gros orage. Bateau coincé sur des récifs. Le businessman myope va chercher de l’aide dans le glauquissime village d’Imboca. Pas de chance: ce lieu maudit est le sanctuaire d’une secte maléfique, les adorateurs de Dagon, dieu des abysses.

Au début, on rigole. Images et effets spéciaux hollywoodiens. Il pleut des cordes en permanence, les allumés du culte de Dagon sont hideux à souhait (à mi-chemin entre la pieuvre et le lépreux), et certains plans sont d’un kitsch qui ne déparerait pas votre péplum favori.

Et puis, comme le scénario tient sur un timbre-poste et que les courses-poursuites dans l’obscurité et la mouillasse tirent un peu en longueur, nos joviaux Américains font soudain basculer l’affaire dans l’horreur pure et dure. L’écorchage – au sens strict du terme – d’un personnage, en l’occurrence un vieux poivrot interprété par le grand Francisco Rabal, récemment décédé. Pour de vrai.

Et là, vieux reste d’éducation et de morale, ça ne me fait plus rigoler. Du tout. Les hurlements d’un homme dont on retrousse la peau du visage, magma de chair sanguinolente filmé en gros-plan, c’est tout de même beaucoup. Et pour démontrer quoi? Ou simplement pour dire quoi? Oui, merci, je sais, c’est du cinéma, rien que du cinéma. Et alors, qu’est-ce que cela change?

A la fin de la séance, des spectateurs ont applaudi. Qu’applaudissaient-ils?

swissinfo/Bernard Léchot

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