Festival Médias Nord-Sud: des TV à regards multiples
Le Festival Médias Nord-Sud de Genève est d’abord un rendez-vous de gens de télévision. Intéressés, de plus, aux questions du développement. Réalisateurs du service public ou indépendants, la diversité de leurs regards fait la richesse de l’événement.
Le Festival Médias Nord-Sud de Genève est d’abord un rendez-vous de gens de télévision. Intéressés, de plus, aux questions du développement. Réalisateurs du service public ou indépendants, la diversité de leurs regards fait la richesse de l’événement.
Cette diversité trouve une première traduction dans deux catégories de documentaires, selon qu’ils sont produits par des organismes de télévision, essentiellement publics, ou par des réalisateurs indépendants. Dans le premier cas, la part des reportages présentés par des chaînes du Nord reste importante, car elles disposent de gros moyens et peuvent aller plus loin dans la quête de l’information.
Au fil du temps, les télévisions du Sud, africaines en particulier, se sont montrées toujours plus présentes et de manière spontanée. Le Festival offre même cette année un reportage chinois assez éloigné de la rhétorique pratiquée par les organes officiels de ce pays.
La démarche des réalisateurs indépendants est très différente. Ils ne disposent évidemment pas des mêmes capacités matérielles et financières. Ils n’ont pas les mêmes facilités d’entrée dans certains pays, ils doivent se battre peut-être plus que les reporters du service public pour obtenir des autorisations de tournage. Mais, à l’inverse, ils paraissent afficher davantage de liberté dans la création et, surtout, ils sont généralement moins tenus par les délais de production. Bref, ils travaillent sur un autre rythme.
S’agissant du style d’écriture télévisuelle, le résultat est immédiatement visible, commente César D’Almeida, responsable de la programmation au Festival Médias Nord-Sud: «un réalisateur indépendant, parce qu’il a plus de temps pour travailler, fera plus de place aux petits détails, il s’attardera plus longuement sur certaines images, non pas forcément parce qu’elles apportent de nouvelles informations, mais parce qu’elles participent à l’ambiance générale du reportage; on trouve chez lui comme une démarche plus tranquille et plus fleurie que chez les envoyés spéciaux des chaînes de télévision».
Dans le choix des sujets, les télévisions sont également soumises à des contraintes que n’ont pas les indépendants. Elles doivent généralement se trouver en prise sur un minimum d’actualité et, le cas échéant, n’hésitent pas à sortir du territoire national. D’où une augmentation sensible du nombre de reportages liés à des thématiques internationales comme les conséquences de la mondialisation du commerce, le travail des enfants, etc. Mais l’on voit aussi certains sujets, jadis traités sous l’angle international (les femmes, l’environnement, etc.), se faire rapatrier dans des problématiques plus locales. Quant aux réalisateurs indépendants, qui eux sont moins tributaires des événements au jour le jour, ils peuvent s’attaquer du même coup à un éventail de sujets beaucoup plus larges mais pas moins révélateurs de l’air du temps.
Reste l’invraisemblable disproportion de moyens – personnels, techniques, financiers – entre les télévisions du Nord et certaines télévisions du Sud, en particulier en Afrique. Un lieu de rendez-vous comme le Festival Médias Nord-Sud a pour ambition de faire se rencontrer les producteurs et réalisateurs de tous pays, de participer à une meilleure diffusion de leurs reportages et de contribuer ainsi à mieux faire connaître l’état du monde.
On pourrait imaginer que les télévisions aillent plus loin et fassent qu’un jour, à Genève, l’on puisse visionner des documentaires réalisés en coproduction Nord-Sud, avec la participation effective des uns et des autres. Avant que les télévisions du Sud ne sombrent dans l’oisiveté, découragées par des innovations techniques auxquelles elles n’ont guère accès.
Bernard Weissbrodt
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