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Gus Van Sant, plus lent que lent

Le nord ou le sud? La vie ou la mort? Image tirée du film "Gerry"

En compétition à Locarno, «Gerry», nouveau film du réalisateur américain, était très attendu. A l'arrivée, une oeuvre très agaçante ou très prenante, au choix.

Foule des grands jours dans l’immense ‘Fevi’. Un film de Gus van Sant («My own private Idaho», «Even cowgirls get the blues», «To die for», «Finding Forester»), à Locarno, cela ne se refuse pas. Avec Matt Damon à l’affiche, accompagné de Casey Affleck.

Et pourtant, un nombre assez copieux de spectateurs quittera la projection en cours de route. On peut les comprendre: en matière de lenteur et d’absence d’action, Gus van Zant a fait très fort.

A côté de «Gerry», n’importe quel long-métrage suisse a des allures de film survitaminé aux dialogues vifs et soutenus. C’est dire.

Quand t’es dans le désert

Gerry et Gerry – les deux jeunes gens portent le même prénom – partent en voiture pour une excursion. En silence. Puis abandonnent la voiture pour s’engager dans un sentier sauvage, en silence toujours. Puis abandonnent le sentier sauvage pour éviter les touristes qui s’y baladent. Là, ils échangent quelques mots.

Mais ce qui devait arriver arrive: ils s’égarent. Longs plans de paysages et de marche. Ponctués de temps en temps par une scène qui fait rire, car van Sant sait jouer de l’absurde et du décalé avec brio. C’est Godot chez Uncle Sam.

Mais voilà. Comme les deux promeneurs n’ont ni portable, ni boussole, ni sens pratique, et pas d’eau non plus, le côté farce de l’affaire va lentement – très lentement – se transformer en vrai cauchemar.

Leurs pérégrinations ont commencé dans un paysage genre maquis. Elles vont se poursuivre dans la caillasse, les montagnes, le désert.

A tel point qu’on peine d’ailleurs à y croire: face à une telle diversité de lieux, il doit bien y avoir moyen de se repérer, non? L’absence d’intrigue aidant, les impatients quittent la salle et on est tenté de faire comme eux.

Road movie? Non, life movie

Alors quoi, «Gerry» ne serait-il qu’une provoc de Gus van Sant? Un moyen de passer dans les festivals européens tendance intello en jouant d’une démarche anti-hollywoodienne poussée jusqu’à la caricature?

Par moments, on le croit. Puis la fin approche. Le drame se noue. Et l’enjeu du film s’éclaircit. Ce n’est pas l’aventure qui est en cause: elle n’est évidemment que prétexte. C’est du lien qui unit les deux hommes qu’il s’agit.

Leur complicité. Leur insouciance. Puis, face au danger qui grandit, leurs tensions de couple. Enfin, mis au pied du mur et de la mort, l’amour qui s’exprime par un geste ultime et définitif. Et pour conclure, celui qui se retrouve seul.

Tout à coup, c’est Brel qui vient à notre esprit. «Zangra», cette relecture du «Désert des Tartares» dans laquelle il ne se passe rien non plus, sinon le vieillissement. Et «Les vieux»…

«Les vieux ne meurent pas, ils s’endorment un jour et dorment trop longtemps
Ils se tiennent par la main, ils ont peur de se perdre et se perdent pourtant
Et l’autre reste là, le meilleur ou le pire, le doux ou le sévère
Cela n’importe pas, celui des deux qui reste se retrouve en enfer»

Remplacez ‘vieux’ par ‘humains’ et «Gerry» apparaît soudain comme une longue métaphore dont on sort indéniablement troublé.

swissinfo/Bernard Léchot à Locarno

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