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Jarrett & Peacock & DeJohnette à Montreux

Keith Jarrett et son piano. Keystone

Le trio magique américain propulse l'espace de deux heures le Montreux Jazz Festival dans les étoiles. Là où la musique est le souffle de toute vie.

«Ne pas penser, ne pas demander et ne pas anticiper, mais juste participer dans l’instant présent avec tout ce qu’il y a en notre for intérieur. La forme musicale vient ensuite d’elle-même».

C’est dans cette optique propre à Keith Jarrett que s’est déroulé le concert de dimanche soir à l’auditorium Stravinski, archicomble. «Nous pouvons tout interpréter, mais seuls certains morceaux peuvent et doivent s’inscrire dans le contexte et les circonstances d’un jour, d’un soir».

Que Keith Jarrett se rassure, sa musique a recueilli l’approbation du public, souvent venu de loin et tout exprès pour lui. D’Allemagne et d’Italie, de France et des quatre coins de Suisse.

Ce pianiste aux doigts de génie

C’est le batteur Jack DeJohnette qui entre le premier en scène avec son petit gilet jaune doré. Puis il est suivi de Gary Peacock, tout de noir vêtu, qui empoigne sa magnifique contrebasse cuivrée. Enfin apparaît Keith Jarrett qui rejoint un piano à queue au toit ouvert…

Arc-bouté, le fragile petit pianiste à la chemise bleutée effleure les touches de son clavier. Il en sort une première «intro» délicieusement veloutée.

DeJohnette balaie délicatement sur sa caisse claire. Puis Peacock fait gronder sa contrebasse. Le thème énoncé par Jarrett est repris par le trio.

Le concert débute ainsi par deux compositions de Keith Jarrett. Puis il s’enchaîne avec la reprise de standards du jazz, chers au trio. Au travers de cette première partie de concert se dégage un thème obsessionnel qui tient toute la salle en haleine.

Après l’entracte, la seconde partie fait place davantage aux improvisations et aux solos de batterie et contrebasse. Mais jamais rien ne nous paraît superflu ou inutilement allongé.

Complicité pour un son

C’est l’excellence de la complicité. Quand l’un s’envole, les autres le rattrapent aussitôt pour garder l’équilibre rythmique et harmonique du morceau.

Ce qui est agréable dans ce trio, et en particulier chez Keith Jarrett, c’est que la musique reste de bout en bout mélodieuse. Avec juste ce qu’il faut de folie inventive et de virtuosité débridée pour convaincre l’auditeur de sa profondeur et de sa validité artistique.

Plus marquant encore, le son du trio est magnifique. «C’est ce que nous apportons aux compositions qui compte, qu’il s’agisse des nôtres ou de celles de nos amis compositeurs», devait déclarer un jour Keith Jarrett.

L’homme est déroutant. De presque autiste dans les moments calmes et planants, il se lève pour jouer debout sur son piano dans les passages les plus intensément tendus.

Plus amusant encore, il chante les mélodies ou double de sa voix les transitions. Tant il veut accompagner de tout son être la musique. C’est vraiment sur scène que Keith Jarrett atteint le sommet de son expression.

Sensibilité d’écorché

La sensibilité à fleur de peau du pianiste trouve en son contrebassiste l’assise d’une robustesse méditative et en son batteur une étonnante virtuosité musicale. Ce trio n’est qu’aisance et perfection.

Mais alors que le public et le trio s’acheminent vers un nouveau concert d’amour entre mélodies, harmonies et rythmes revisités avec inspiration, un incident vient briser cet envol vers les étoiles.

Lors des rappels, Keith Jarrett demande de baisser la lumière sur scène. Le pauvre doit s’y prendre en trois ou quatre langues. Mais rien ne bouge. Claude Nobs, en directeur protecteur du Festival, appuie la demande de son protégé. Mais les régisseurs des lumières tardent à comprendre.

Alors, le trio sort de scène. Le public le rappelle tant et plus. Mais les trois musiciens ne reviendront finalement que pour un seul titre, car quelque chose s’est cassé, ce contretemps les a contrariés.

Certains jugeront M. Jarrett une nouvelle fois capricieux. Nous dirons simplement que pour atteindre un tel niveau de plénitude dans la musique, il faut une infinie sensibilité. Et la contrepartie de ce talent est qu’un rien peut l’altérer.

Reste le jazz de Jarrett, tantôt aux accents bluesy tantôt aux phrasés «musique classique», ce jazz inimitable qui séduit et ravit le mélomane. Une musique sans effets électroniques et sans strass ni paillettes. Juste trois musiciens avec leur instrument acoustique pour de la vraie bonne musique.

swissinfo/Emmanuel Manzi à Montreux

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