Keith Jarrett par Pierre Audétat
Coup de projecteur du pianiste lausannois Pierre Audétat sur l'un des plus grands pianistes de jazz, Keith Jarrett, en concert au Festival de Montreux.
Dimanche, le Montreux Jazz Festival met une note finale à sa 36e édition à l’Auditorium Stravinsky.
Une note d’exception avec un trio hors du commun, composé du pianiste américain Keith Jarrett, du contrebassiste Gary Peacock et du batteur Jack DeJohnette.
Le pianiste lausannois Pierre Audétat – qui a fait un passage remarqué au Miles Davis Hall avec son compère Pierre-Yves Borgeaud – ne veut pas rater le rendez-vous.
Standards revisités
Pour le pianiste lausannois, Keith Jarrett ne se contente pas d’aligner «les clichés». Il redonne un souffle nouveau aux standards du jazz.
«Le trio le fait en respectant la tradition, précise Pierre Audétat, tout en amenant une touche personnelle incroyable».
Beaucoup de musiciens de jazz adoptent la trajectoire de s’adonner à la composition dans la première partie de leur carrière, puis ils revisitent les standards qui les ont fait vibrer lorsqu’ils ont découvert la musique.
«Keith Jarrett est un des derniers pianistes de l’âge d’or du jazz», déclare Pierre Audétat. Il y a toute l’histoire du jazz dans sa manière de jouer».
Répertoire secret
Il semblerait que personne ne sache quels titres le trio va interpréter dimanche. «J’ai même l’impression que Keith Jarrett lui-même ne le sait pas». D’ailleurs, les trois musiciens ne se voient pas avant le concert.
En effet, «le trio prend énormément de risques. Keith Jarrett lance une introduction. A peine reconnaissable, tant il a d’entrée bouleversé les harmonies de base. Mais au moment même où ses deux autres compères ont identifié le titre, le thème est repris en trio».
«Dans leur manière de jouer, on sent beaucoup de fragilité. Il peut même y avoir des erreurs. Mais la musique en sort largement gagnante».
«Une des caractéristiques du jeu pianistique de Keith Jarrett est son utilisation de la pédale de soutien. Il ne l’appuie pas jusqu’au fond. Par là, il donne un son de piano particulier».
Et «contrairement à beaucoup d’autres pianistes, Keith Jarrett est déconcertant, car il est en perpétuelle créativité, même dans sa démarche des reprises des standards du jazz. C’est un merveilleux mélodiste».
Difficile d’accès
Pourtant, au début de sa carrière, Pierre Audétat appréciait peu le pianiste américain. Il était davantage «branché» sur des artistes qui amenaient un côté punk dans le jazz. De plus, il n’était pas «fan» des disques de piano en solo.
Or, ce n’est que depuis quelques années que le pianiste lausannois adore Keith Jarrett. «Ce sont les univers les plus difficilement abordables qui finissent par nous subjuguer». D’autant que Jarrett n’a jamais fait tant de ces concessions dans sa musique. «Mais quelle joie lorsqu’on fait le pas!»
«Et même si je ne lui arriverai jamais à la cheville, dit Pierre Audétat, mon but est d’apporter ma modeste touche personnelle à la musique».
Cela dit, Keith Jarrett ne veut pas de journalistes à son concert. «Il a le droit d’avoir ses exigences, rétorque Pierre Audétat. On a trop tendance à vouloir toujours retrouver le musicien de jazz dans une cave enfumée».
Et «comme Keith Jarrett donne très peu de galas et qu’il enregistre tous ses concerts (beaucoup de ses disques ont été enregistrés en «live»), le Maître désire la sérénité pour tenter de toucher les étoiles à Montreux».
swissinfo/Emmanuel Manzi
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