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L’Afro-américain dompté par l’Afro-américaine

John Singleton, pour la première fois en chair et en os à Locarno. Fotofestival / Pedrazzini

A Locarno, «Baby Boy», le nouveau film du réalisateur américain John Singleton, 33 ans, est à l'affiche de la compétition officielle. Une plongée tragi-comique dans la psychologie de l'homme noir américain plus ou moins moyen.

La compétition officielle du Festival de Locarno est un étonnant mélange. Pour respecter les règles définies par les anciens, elle propose des premières et deuxièmes œuvres («catégorie jeune cinéma»).

Mais pour rehausser d’un cran l’intérêt et le prestige de la manifestation, elle accueille également depuis quelques années des cinéastes «en voie de confirmation internationale» (catégorie «nouveau cinéma»), ce qui représente un cadrage pour le moins souple. Tous concourent pour le Léopard d’Or, alors que deux Léopards d’Argent couronnent un représentant de chaque catégorie.

John Singleton est-il un cinéaste en voie de confirmation internationale? Après sa version de «Shaft», présentée l’année dernière à Locarno, on peut penser que cette confirmation est largement acquise.

Du gang au foyer

Après «Boyz’n the Hood» et «Poetic Justice», «Baby Boy» est le 3e volet de ce que John Singleton nomme sa «trilogie de banlieue». Un film qu’il affirme être très personnel et qui repose sur la thèse d’une psychanalyste, selon laquelle les hommes noirs se confinent dans des comportements immatures. Parfois enfantins: au sein de la famille, ils ont une propension certaine à appeler leur partenaire «maman» et à dire «papa» pour parler d’eux-mêmes. Parfois adolescents: le sexe toujours en éveil, ils sautent sur tout ce qui bouge.

Le personnage principal, Jody (Tyrese Gibson), correspond à ce profil: 20 ans, chômeur, il vit chez sa mère, même s’il est le père de deux enfants qu’il a eus de deux femmes différentes. Nous sommes à nouveau dans le quartier de South Central, à Los Angeles. Pavillons proprets, ce n’est pas les gangs que décrit prioritairement Singleton, même si le risque de mourir violemment hante l’esprit de Jody. Disons qu’il s’agit toutefois d’un milieu où l’on dit plus souvent «bite», «chatte» et «fuck» que «poivre», «sel» ou «merci».

Même si Jody aura à lutter physiquement contre un rival (Rodney, interprété par le rappeur Snoop Doggy Dog), c’est surtout un double maelström féminin qui va le pousser à accepter son statut d’adulte.

Face au rétrécissement de son espace familial – sa mère, refait sa vie avec un gangster repenti – et aux scènes de sa compagne, Yvette, qui n’en peut plus de ses écarts, Jody devra accepter de prendre son destin et ses responsabilités en main. Et à tirer un trait sur son passé de mâle en rut. Dans ce film, John Singleton prend clairement le parti des femmes contre celui des jeunes coqs blacks à l’égocentrisme forcené.

«Baby Boy» se conclut par un véritable hymne à la famille, qui serait parfaitement ridicule, voire réactionnaire, dans un autre contexte. Mais là, au vu du délabrement des relations sociales et affectives, on peut comprendre que la démarche de Singleton soit fortement teintée de pédagogie.

Bernard Léchot, Locarno

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