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La «pop star» du design international à Lausanne

Le designer Stefan Sagmeister durant sa conférence de presse au Mudac à Lausanne. Keystone

Le Musée de design et d’arts appliqués (Mudac) de Lausanne a donné carte blanche au designer austro-américain Stefan Sagmeister pour une exposition de projets purement mercantiles. En toute décontraction et sans prise de tête: il fallait oser!

«Pour être un designer, il faut être capable de travailler pour des publics assez larges dans des domaines qui s’étoffent au fur et à mesure. Depuis plus de vingt-cinq ans, je fais toujours de nouvelles découvertes, je lance de nouveaux défis et je ne m’ennuie jamais. Et si je m’ennuie, c’est que je dois aller plus loin. Mais l’inconnu total m’inquiète, me met mal à l’aise.» Stefan Sagmeister a beau être une star du design mondial, son ancrage dans la vie vous saute à la figure.

«Sagmeister: Another Exhibit about Promotion and Sales Material». Le titre

annonce la couleur d’une exposition sur des projets récents, sur le thème de la promotion et de la vente. Avec la signature d’un surdoué si bien nommé: en allemand, «sagen» signifie «dire» et «meister», le maître.

L’exposition se divise en quatre salles-chapitres: «Je me vends», «Je vends mes amis», «Je vends des entreprises», «Je vends la culture». Explication: «Je me ressens comme faisant totalement partie du monde. Comme designer graphique, nos clients peuvent être des groupes de rock, des musées, des institutions culturelles ou un commercial, je suis toujours à l’aise.»

Plus qu’avec des slogans, Sagmeister travaille avec la typographie de petites phrases prises dans son journal, des aphorismes appliqués sur des supports (affiches, annonces, rapports annuels, immeubles, panneaux lumineux) habituellement réservés à la publicité.

Parfois un constat banal, genre «tout le monde pense toujours avoir raison», traduit par un gigantesque singe blanc gonflable, au museau noir très méchant, dont le haut du corps tente de s’échapper dans le ciel lausannois, alors que le bas reste enfermé à l’intérieur du musée.

Carte blanche

Affiches, pochettes de disques, catalogues d’exposition, rapports annuels d’entreprises, les projets sont présentés sur des tables-vitrines, dans une mise en scène efficace du bureau lausannois de design Big-Game. Les murs portent les typographies dans lesquelles l’auteur résume sa démarche, assortie à chaque fois d’une carte postale démultipliée en dizaines d’exemplaires: au visiteur d’oser se servir, c’est même souhaité!

Quant au superbe catalogue et au graphisme de la communication, il a été confié à Martin Woodtli, jeune designer zurichois et… ancien stagiaire de Sagmeister à New York.

C’est que cette exposition est aussi la 11e «carte blanche» accordée par le Mudac. Un concept qui consiste à confier à un artiste la conception d’une exposition en invitant ses amis.

«Ce n’est pas nouveau, mais j’aime bien l’idée que cela vienne d’un musée, explique Chantal Prodhom, directrice du Mudac. Notre démarche se veut très contemporaine et c’est passionnant d’offrir notre espace à un groupe. Stefan est arrivé en disant: ‘bon, des expos j’en ai déjà fait plein et, comme je n’aime pas me répéter, puis-je déléguer la carte blanche qui m’est offerte à d’autres gens avec qui j’ai envie de travailler?’ Et voilà.»

Mise en scène, humour et simplicité

Que ce soit pour des commandes commerciales ou des créations personnelles, Sagmeister se met en scène jusqu’à la performance, il s’utilise même parfois comme support. Bref, il paie toujours de sa personne.

Par exemple, cette affiche publicitaire pour des expos de design en 2003 au Japon joue avec le classique «avant-après»: une photo le représente en slip et une autre, une semaine et onze kilos plus tard, mais sur le même canapé, après avoir consommé tous les articles présentés. Son commentaire, «un gueuleton peu apprécié», en dit long de l’humour de Stefan Sagmeister qui, outre la critique de la société de consommation, n’hésite pas à risquer l’autodérision.

«L’humour est une stratégie très directe en matière de communication, pas forcément en utilisant des blagues, mais plutôt l’effet de surprise. C’est crucial pour réaliser une affiche, parce que je sais d’emblée que je n’aurai pas plus de 3 secondes pour retenir l’attention du spectateur, j’ai donc intérêt à être diligent», explique-t-il.

Sagmeister Inc., c’est un bureau à New York, volontairement maintenu à une petite échelle. «Un petit bateau facile à manœuvrer, car j’essaie de rester libre», note son patron.

Le designer a travaillé pour David Byrne, Lou Reed ou les Rolling Stones, pour lesquels il a reçu plusieurs Grammy Awards de la musique. Mais aussi pour la marque Levi’s ou une ONG américaine faisant campagne contre les disparités budgétaires du gouvernement américain.

Il a même été approché pour la campagne du candidat Obama dans la course à l’investiture démocrate de 2008. Offre refusée pour cause de… congé sabbatique, pris régulièrement «par hygiène».

«Une multinationale n’est pas le diable»!

Tout cela n’empêche pas une production personnelle tout aussi provocante, décalée et rigoureuse. Mais il ne fait pas la différence entre une pub pour un magazine à gros tirage ou une expo personnelle dans une galerie. «La seule différence est dans la réalisation au quotidien. Ce sera plus compliqué de convaincre un magazine d’accepter ma pub que d’exposer dans une galerie, où j’ai une totale autonomie.»

«Pour certains de mes amis, une grande entreprise, c’est le diable, mais moi, je n’y crois absolument pas. Il y a plein de grands patrons qui font un excellent travail et je n’ai aucune honte à collaborer avec eux. Il y a tout autant de personnes attentives et humaines que parmi les gens qui travaillent pour des ONG ou des institutions culturelles. Parfois même plus. Je n’ai jamais détecté la moindre différence de qualités humaines entre ces deux groupes de gens.»

L’empathie avec les gens, mais aussi une décontraction à l’américaine qui tranche avec le côté «prise de tête» des Européens. «J’aurais pu rester à New York, mais j’ai décidé de revenir à Zurich, relève Martin Woodtli. En Suisse, la tradition du graphisme est différente, car les ‘bons designers’ travaillent plutôt dans le domaine culturel et pas dans le domaine commercial. Mais Stefan a toujours une longueur d’avance tout en réfléchissant sérieusement à ce qu’il peut faire ou non. Et puis, je dirais que c’est surtout un «artiste de la vie (Lebenskünstler en allemand).»

Tout le monde envie l’icône de la Suisse!

Qu’évoque la Suisse pour cet Autrichien de New York? «La première pensée qui me vient à l’esprit est que ce pays compte beaucoup de gens qui prennent leur travail très à cœur, qui aiment vraiment ce qu’ils font et qui le font bien, quel que soit leur métier, maçon, boucher, imprimeur. Je n’ai jamais rien vu de tel ailleurs.»

Comment Sagmeister vendrait-il la Suisse? «Je pense que la Suisse se vend très bien sans moi!, répond-il en riant. Si on me le demandait, ce qui serait un extraordinaire défi, je commencerais par réfléchir, par explorer à fond. La Suisse est une icône incroyablement puissante, et je pense que le monde entier ne peut que lui envier cette qualité.»

Du 9 mars au 13 juin 2011, Stefan Sagmeister: Another Exhibit about Promotion and Sales Material. Exposition de la série «carte blanche» du Musée de design et d’arts appliqués (Mudac) de Lausanne.

Produite par le Mudac, l’exposition sera également présentée au Musée des Arts Décoratifs de Paris du 13 octobre 2011 au 19 février 2012.

La mise en espace a été confiée à l’agence lausannoise Big-Game. Le catalogue, le carton d’invitation et l’affiche ont été réalisés par Martin Woodtli, ancien collaborateur de Sagmeister à New York.

Né en Autriche, diplômé de l’Ecole des arts appliqués de Vienne, et du Pratt Institute de New York. Il a décroché deux Grammy Awards pour ses pochettes de disque (Talking Heads et l’album de David Byrn et Bryan Eno). Il a reçu de nombreux prix de design internationaux.

A publiéSagmeister, Made you Look (2001) et Thinks I Have Learned So Far In My Life (2008).

Des expositions personnelles lui ont été consacrées à Zurich, Vienne, New York, Berlin, Tokyo, Osaka, Prague et Séoul. Il donne également des conférences un peu partout.

Le belge Elric Petit, le suisse Grégoire Jeanmonod et le français Augustin Scott de Martinville se rencontrent à l’Ecole des arts appliqués (ECAL) de Lausanne, où ils étudient le design industriel. En juin 2004, ils ouvrent le bureau BIG-GAME.

Ils créent des objets pour des sociétés telles que Moustache (F) ou Karimoku (JP). Lauréats du Prix fédéral suisse de design en 2006 et 2010, leur travail est présent dans de nombreux musées, comme le Mudac, le Museum fur Gestaltung (Zurich), le Musée du Grand-Hornu (Belgique) ou le Centre Georges Pompidou (France).

En marge de leur travail au sein du studio, ils exercent également une activité pédagogique à l’ECAL.

Né en 1971, diplômé de l’école d’art de Zurich, il a travaillé à New York pour David Carson et Stefan Sagmeister.

1999: fonde son propre bureau à Zurich.

Publie Woodtli (Die Gestalten, Berlin, 2002).

2007: 1er Prix du Prix suisse du design.

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