La presse fustige les dirigeants de Swiss
Pour la presse suisse, les mesures d'assainissement prises par Swiss sont indispensables. Mais il n'est pas sûr qu'elles seront suffisantes.
Quant aux responsabilités, les éditorialistes mettent surtout en cause les errances des responsables de Swiss.
Dans la presse nationale de mercredi, les commentateurs sont unanimes pour dire que les mesures drastiques prises par Swiss sont indispensables à la survie de la compagnie aérienne nationale.
Certes, le coût humain (3000 suppressions d’emplois) est très lourd. Mais réduire le nombre de vols est la seule solution pour permettre à Swiss de s’intégrer dans une alliance qui lui permettra de survivre.
24 Heures résume bien l’opinion générale des journalistes en écrivant: «d’obèse, la flotte a désormais des proportions raisonnables et fait de cette compagnie une candidate à la vie».
Pour les quotidiens l’Impartial et l’Express, «l’avenir passe par une alliance forte, il s’agissait de faire en sorte que la mariée puisse entrer dans sa robe. C’est chose faite».
Rien n’est encore joué
Mais si ces mesures étaient indispensables, rien ne prouve pour l’heure qu’elles soient suffisantes.
Ainsi, pour le Bund, les dangers qui planent sur Swiss sont encore nombreux. Selon le quotidien alémanique, le conflit social avec les pilotes pose notamment une sérieuse hypothèque sur l’avenir.
Même diagnostic pour la Neue Zürcher Zeitung qui estime que Swiss mène «un dur combat pour sa survie». Aux yeux du journal, la compagnie nationale est handicapée par des concurrents puissants, un régime des vols «stupide» au hub de Zurich et les revendications des pilotes.
Mais la foi en l’avenir est aussi une question de confiance. Et dans ce domaine, Swiss ne réussit pas vraiment à convaincre. C’est ainsi que le Temps se demande «qui veut voyager avec une compagnie synonyme de soucis».
Les dirigeants en cause
Les différents commentateurs sont d’accord pour dire que les fées ne se sont pas penchées sur le berceau de Swiss. La pneumonie atypique et la guerre en Irak sont autant de facteurs non prévisibles qui ont nui à la compagnie.
Mais ces causes extérieures n’expliquent pas tout. Pour nombre de journalistes, les dirigeants de Swiss ont une lourde responsabilité dans la situation actuelle.
«Des projets trop ambitieux des débuts de son existence en passant par quelques folies des grandeurs et erreurs de gestion, Swiss a mal vécu sa prime enfance!», écrit ainsi 24 Heures.
La compagnie a en effet multiplié les erreurs: achats de douze Airbus flambant neufs, conflit social interne, hésitation entre une stratégie «low cost» et «haut de gamme», opposition à un accord avec l’Allemagne sur les atterrissages à Kloten…
Le verdict est donc généralement sévère envers les dirigeants de Swiss. «Dans le monde sportif ou des affaires, une équipe accumulant pareille somme de contre-performances serait changée», écrit Le Temps.
Le grand quotidien populaire Blick est tout aussi dur. Pour lui, les dirigeants de Swiss sont «totalement dépassés». Le Tages Anzeiger est à peine plus tendre. «Ils n’ont toujours pas présenté un concept convaincant pour sortir la compagnie de l’ornière.»
Les politiques ont vu trop grand
La Neue Zurcher Zeitung est plus nuancée. Elle estime que «compte tenu de la dégradation dramatique de l’environnement, la direction n’avait pas d’autre choix». Elle relève cependant «qu’elle est encore loin d’avoir repris le contrôle de la compagnie en chute libre.»
Par ailleurs, quelques commentateurs rappellent au passage que la direction de Swiss n’est pas la seule à être mise en cause. Les pouvoirs publics ont aussi leur part de responsabilité dans la situation actuelle.
Ainsi pour la Tribune de Genève, c’est «une situation que l’on doit un peu à la direction de l’entreprise, et beaucoup à la Confédération. Ne pouvant faire le deuil d’une compagnie nationale d’envergure, Berne a imposé le plan 26/26/82 ( 26 avions long-courriers, 26 moyen-courriers et 82 régionaux) fin 2001.»
swissinfo, Olivier Pauchard
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