La presse suisse va de mal en pis
La faiblesse du marché publicitaire est à l'origine de la perte de 50 millions de francs enregistrée par le groupe NZZ.
Après une année 2002 catastrophique, 2003 pourrait être plus difficile pour l’ensemble du secteur et donc les journalistes.
Les résultats 2002 du groupe NZZ, qui publie notamment la prestigieuse Neue Zuercher Zeitung, traduisent bien la morosité du paysage économique suisse. L’éditeur zurichois a enregistré, vendredi, une perte nette de 49,7 millions de francs tandis que ses ventes ont reculé de 6,2% à 481,5 millions.
Comme tous ses concurrents, le groupe de presse zurichois a avancé la faiblesse de la conjoncture économique, et le recul des rentrées publicitaires qui en découle, pour justifier ce résultat.
Le groupe invoque également les charges (16 millions de francs) qui découlent du lancement de son hebdomadaire du dimanche, NZZ am Sonnatag, de même que les pertes enregistrées par le quotidien bernois Der Bund (8 millions).
La vie du Bund est en péril
La direction du groupe a même fait savoir «qu’une telle perte n’est pas supportable à plus long terme». Accroissant d’autant la pression sur le journal bernois.
Aussi triste que la disparition d’un titre puisse paraître, cet exemple n’illustre pas moins la situation que vivent la plupart des titres généralistes.
Après cinq années de croissance des rentrées publicitaires, leur effondrement constaté depuis près de deux ans a contraint la quasi-totalité des éditeurs à se restructurer ou du moins, à faire baisser leurs coûts en attendant une embellie.
Dans l’intervalle, le nombre de journalistes au chômage a connu une véritable explosion. C’est du moins en ces termes que le secrétaire général de la Fédération suisse des journalistes (FSJ), Mathieu Fleury, a qualifié son accroissement.
600 journalistes au chômage
Les chiffres donnés par la FSJ font en effet apparaître que sur les 8000 journalistes répertoriés en Suisse, près de 600 seraient actuellement à la recherche d’un emploi. Une proportion qui n’est pas comparable à celle des autres secteurs d’activité.
Et Mathieu Fleury de souligner que les journalistes risquent de ne plus avoir les moyens d’opérer le contrôle nécessaire entre information et communication.
Il n’empêche que les mesures de restructuration mises en œuvre par d’autres groupes de presse ont porté leurs fruits.
Certains retrouvent les chiffres noirs
Même si son chiffre d’affaires a reculé de 2,8% en 2002, le groupe alémanique Ringier (Blick, Sonntagsblick, l’Hebdo) est parvenu à retrouver les chiffres noirs en 2002.
Son bénéfice a augmenté de 12,6% à 39,2 millions, en raison notamment de la vente de sa participation de 49% dans la Neue Luzerner Zeitung et des économies engendrées par la suppression de 11% de ses effectifs.
A noter encore que la croissance des recettes enregistrée en Europe de l’Est et en Asie a permis de compenser les faiblesses du marché suisse.
Malgré une baisse des annonces publicitaires de 120 millions de francs, le groupe Tamedia (Tages Anzeiger) est également parvenu à retrouver les chiffres noirs en 2002.
Le nombre de collaborateurs employés par le groupe zurichois a progressé de 1,1%, à 2004 collaborateurs, certes, mais 28 emplois ont été supprimés dans la presse écrite.
Les perspectives restent sombres
Pour la Suisse romande, les résultats 2002 du groupe Edipresse n’ont pas encore été publiés. Ils risquent cependant de refléter la tendance constatée jusqu’à présent dans l’univers des médias helvétiques.
Et au vu des prévisions conjoncturelles les plus récentes, qui tablent sur une stagnation de la croissance économique pour 2003, les inquiétudes persistent. Mais la publicité dans les médias reste un univers particulier.
Comme le souligne un collaborateur de la société Recherches et études des médias publicitaires (REMP), «l’expérience des années passées nous montre qu’il peut y avoir des années de baisse de l’activité économique et d’augmentation de la publicité dans les médias.»
swissinfo et les agences
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