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Le souffle de la clarinette mène à Helsinki

Lionel Andrey, un clarinettiste de Lausanne qui a choisi d'étudier à l'Académie Sibelius à Helsinki. swissinfo.ch

La prestigieuse Académie Sibelius forme de plus en plus d’étudiants non-finlandais à la musique. Parmi eux, on comptait encore quatre Suisses jusqu’en mars, puis trois. Ainsi Lionel Andrey, un clarinettiste de Lausanne, qui raconte son expérience finlandaise.

S’exiler pour, il l’espère, mieux revenir. Lionel Andrey a fait ce pari il y a près d’un an. Alors qu’il étudiait dans l’un des plus grands conservatoires de Suisse, la Zürcher Hochschule der Künste (ZHdK), ce jeune clarinettiste a voulu parfaire sa formation à l’étranger. Et plus particulièrement à Helsinki, au sein de l’Académie Sibelius, dont la réputation a franchi depuis longtemps les frontières de la Finlande.

«Nous sommes très peu de jeunes musiciens à quitter la Suisse pour poursuivre nos études. Nous sommes trop gâtés: en Suisse, nous avons tout…», sourit ce jeune homme filiforme, né il y a 21 ans à Lausanne. De fait, Lionel Andrey était comblé à Zurich. A l’âge de 18 ans, il avait réussi à intégrer la classe de Fabio Di Càsola, «un des clarinettistes les plus actifs de Suisse.»

Ecole très réputée

Après deux années à ses côtés, le Vaudois a toutefois décidé d’aller voir ailleurs. «Un professeur montre sa vision de la musique, mais cela ne reste que la sienne. J’avais envie de découvrir de nouvelles choses, aussi bien d’un point de vue musical que culturel», raconte celui qui, en septembre 2010, est arrivé à Helsinki avec quelques affaires et sa clarinette.

Lionel Andrey n’a pas choisi l’Académie Sibelius par hasard. Cet établissement, fondé en 1882, passe pour l’un des meilleurs d’Europe. Non seulement pour la formation de chefs d’orchestre, mais aussi pour celle d’instrumentistes (lire à droite). «L’école étant très réputée, je ne prenais pas beaucoup de risques», reconnaît le Lausannois.

Il avait entendu dire beaucoup de bien d’un autre professeur qui y officie, le Finlandais Harri Mäki. Lequel est lui-même sorti, avec un 1er prix, du Conservatoire de musique de Genève, où il avait été l’un des disciples du maître suisse Thomas Friedli, décédé en 2008.

Gérer le stress en public  

«Deux autres élèves suisses de l’Académie m’avaient recommandé Harri Mäki», précise Lionel Audrey, en référence à Claudia Brodbeck, qui en a fini avec ses études finlandaises en mars, et Yasmine Haag, qui aura terminé courant mai. Un autre Suisse étudie à l’Académie, le tubiste genevois Nicolas Indermühle.

«Quatre Suisses sur environ deux mille élèves, ce n’est pas si mal !»,

plaisante le Vaudois, rencontré après une séance de pratique de son instrument dans une des petites salles prévues à cet effet au sein de l’établissement perché sur une mini-colline. Et situé dans un quartier légèrement excentré d’Helsinki. Ces salles, accessibles 24 heures sur 24 aux élèves, Lionel les appelle «les boites». Il y passe en moyenne trois heures et demie par jour, dont une heure de technique pure. «Puis je joue des pièces de mon choix.»

Ces exercices viennent en complément des huit à dix heures de cours dispensées par semaine. Qu’apprécie le jeune clarinettiste à l’Académie Sibelius ? «Si, comme à Zurich, on nous forme à gérer le stress en public, je trouve qu’ici on apprend mieux à profiter de la musique, du moment présent, et cela aide à travailler de manière efficace. Tandis qu’en Suisse, on a l’impression que le musicien doit toujours jouer parfaitement, le moindre détail prend de l’importance, et c’est crispant.»

Quelques bémols

A l’entendre, «les professeurs de l’Académie se sentent, en général, concernés par la progression d’un élève. Ce n’était pas un problème en Suisse, mais ici j’ai l’impression qu’ils se préoccupent plus de moi, y compris en dehors des cours.»

Tout n’est pas pour autant parfait à Helsinki. Les contacts avec les Finlandais s’avèrent assez rares, une fois passées les simples salutations et les discussions de cantine.

«Ils sont assez retenus. Et comme je ne suis pas d’un naturel très ouvert non plus…» Quant au coût de la vie, il n’est pas donné pour cet élève qui n’a pas eu la chance de décrocher une chambre dans une maison d’étudiants. Il paie 550 euros par mois, hors charges, pour une chambre dans un logement qu’il partage. «Heureusement, mes parents me soutiennent, parce que je suis encore un étudiant d’échange et je dois payer mes études à Zurich.»

Ces bémols ne découragent pas pour autant le clarinettiste. En janvier, il a passé, presque par hasard, un examen en vue d’obtenir une place dans un orchestre professionnel de musique de chambre, à Jakobstad, une ville située sur la côte Ouest finlandaise. «Mon prof me l’avait conseillé comme étant un bon exercice. J’y suis allé sans aucune pression.» Résultat? Le Suisse a été préféré à sept candidats du cru. Il se rend désormais une semaine par mois dans cette ville de 20’000 habitants, à cinq heures de train de la capitale. Un début de carrière qu’il mènera en parallèle avec le master auquel il va s’inscrire.

«Mais mon objectif, à terme, est de gagner un tel poste dans mon pays, par exemple à l’Orchestre de chambre de Lausanne. Encore faut-il qu’une place se libère et que je l’obtienne…», soupire Lionel Andrey.

En Suisse, les places sont rares. En attendant, le Vaudois va devoir continuer à s’habituer aux paysages ultraplats qui jalonnent les campagnes finlandaises. «Avant Noël, je suis monté sur un mont de 300 mètres, en Laponie: on dominait tout, c’était très bizarre…»

Grands noms. Parmi les musiciens les plus célèbres sortis de l’Académie Sibelius, on compte le grand compositeur finlandais Jean Sibelius lui-même (1865-1957), qui accepta de son vivant que son nom soit donné, en 1939, à ce qui n’était alors que le conservatoire d’Helsinki. A la fois compositeur et chef d’orchestre, son compatriote Esa-Pekka Salonen est «la» star vivante symbolisant la réussite de l’Académie, dont il est sorti en 1977. D’autres font de brillantes carrières à l’étranger, notamment parmi les chefs d’orchestre: Jukka-Pekka Saraste (Cologne, Oslo), Osmo Vänskä (Minnesota), Sakari Oramo (Stockholm) ou encore Susanna Mälkki, directrice musicale de l’Ensemble intercontemporain fondé par Pierre Boulez à Paris.

 

Pépinière. L’Académie accepte près de 180 nouveaux étudiants par an. On vient d’un peu partout en Europe, mais aussi d’Asie et d’Amérique, pour tenter sa chance : l’an dernier, les étrangers représentaient plus de 20% des quelques 1 000 candidats. Mais leur nombre reste pour l’instant limité à environ 10% pour le gros du cursus (licences et masters, suivies par 1 100 jeunes, dont plus de 50% de femmes). Les plus prisées à l’étranger sont les classes de direction d’orchestre et d’instrumentistes.

 

Influences. «La Finlande étant un jeune pays [indépendant depuis 1917], nous n’avons pas de longue tradition dans l’enseignement musical. C’est la clé de notre succès: nous avons pu prendre le meilleur de différentes écoles, et en particulier de la russe, axée sur le travail et la discipline», explique Erik Tawaststjerna, le responsable des classes de piano.

Fusion. Un projet de fusion de l’Académie avec deux autres universités d’Helsinki, celles du théâtre et des beaux-arts, a été présenté par le ministère de l’éducation en vue d’une adoption en 2012. Cette initiative ne se fera pas sans l’aval des trois universités, qui ont gagné en autonomie l’an dernier. « Nous n’accepterons que si nous gardons notre nom et notre spécificité, et que si l’Etat nous accorde plus de ressources », assure Gustav Djupsjöbacka, le recteur de l’Académie.

 

Centre de musique. A la rentrée prochaine, Lionel Andrey et les autres étudiants de l’Académie Sibelius pourront répéter dans les salles qui leur seront dédiées dans le tout nouveau centre de musique d’Helsinki, qui sera inauguré le 31 août. Pour une visite guidée en avant-première : http://jacobnordiques.blogspot.com/2011/03/helsinki-pour-le-confort-de-la-musique.html

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