Le swing pour dire le quotidien
Paléo était la 149e date sur 150 de la tournée de Sanseverino, porte-flambeau de la chanson tendance manouche. Rencontre avec un chanteur fatigué mais heureux.
«Je ne me plains pas, hein! Je suis un chouïa fatigué alors je fais un peu le mec blasé, mais j’attendais ça depuis vingt ans. Je suis fier d’avoir fait ça, je suis hyper-content!» s’exclame Stéphane Sanseverino, malgré tout plutôt en forme.
«Frida», «Les embouteillages», «André», c’est lui. On le sifflote aujourd’hui, mais Sanseverino fait partie des chanteurs qui ont galéré. Seul, ou avec son groupe d’alors, «Les voleurs de poules».
«Quand j’ai arrêté ce groupe pour passer en solo, je ne voulais pas faire de disque, juste des concerts. Mais ça n’était pas possible. Pour trouver un tourneur, il faut un album, une maison de disque qui aide avec des espèces de dessous-de-table légaux! Sans album, pas de tournée digne de ce nom.»
La faille
Le premier album de Sanseverino, «Le Tango des gens», est paru en 2001 chez Sony Music. Avec ses climats musicaux manouche et son goût pour le quotidien, tendance poétique et drôle, comment est-il parvenu à trouver la faille? Réponse simple: «ce n’est pas moi qui l’ai trouvée, c’est eux qui l’ont ouverte».
Et d’ajouter: «moi, j’ai toujours fait des chansons dans ce genre-là, peut-être moins abouties auparavant. Mais je n’ai pas essayé de trouver des trucs mode. Ou quand j’ai essayé, en ajoutant des boucles, des sons électroniques, ça n’a pas marché davantage. Le flop complet. C’est quand je me suis détendu que les propositions sont tombées!»
Il faut donc croire que le «produit» Sanseverino correspondait soudain à un «créneau», non? «Oui, répond-il. Mais comme je n’ai pas eu l’impression de baisser ma culotte, je me sens assez bien. On m’a laissé libre. On me dit même: allez, vas-y, sois naturel!»
Construction progressive
La musique tzigane, Sanseverino l’a apprivoisée enfant. En Bulgarie, où son père, entre autres postes, a travaillé. Adulte, il l’a redécouverte, et s’y est mis, comme ça, préférant à priori le swing acoustique aux orchestrations électriques.
Pour le côté ‘chanson française’ (sur son album Sanseverino fait référence à Brel et reprend un titre de François Béranger), c’est moins évident: «J’ai été plus influencé par Django que par Brel, Brassens ou Ferré. Brel, mes parents l’écoutaient à la maison. Mais c’est plus tard, lorsque j’ai vu la vidéo de l’Olympia 62 que je me suis dit: ce mec, il m’a fait chier dans ma jeunesse, mais c’est incroyablement bien! C’est génial! C’était mon premier retournement de veste!»
De Brel, il a retenu le sens de l’observation , mais pas le pathos: «le quotidien, c’est le truc que je connais. Il y a tellement de trucs à y prendre, à chaque instant. Dès qu’il y a des gens, il y a du quotidien, et ça, c’est une mine!»
swissinfo/Bernard Léchot
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