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Les guerres? Des «Inepties volantes»

Dans "Les Inepties volantes", les sensations, les émotions, les pensées arrivent sur scène comme des blocs de souvenirs. Thierry Burlot

Préambule à la manifestation pluridisciplinaire «Mémoires blessées» qui s’ouvre à Genève fin janvier, le spectacle du Congolais Dieudonné Niangouna accompagne les pas d’un homme qui vécut trois conflits. Et passa d’une mort à l’autre, de barricades en barricades.

Une lumière crue sur le chemin des barricades. La lumière est d’une blancheur sidérale. Six grands néons, collés les uns aux autres et placés verticalement, la reflètent. Ils dressent un semblant de mur et attirent vers eux un homme qui, tel un insecte, se laisse tenter par l’éclairage, s’en écarte puis s’en rapproche – à plusieurs reprises.

Le jeu paraît dangereux. A un moment donné, on croit l’homme mort. On se trompe. Car même s’il se brûle les ailes, cet homme parvient toujours à se reconstituer. Son secret? On vous le dira plus tard.  

Pour l’instant, faisons sa connaissance. Il s’appelle Dieudonné Niangouna. Il est né au Congo il y a 34 ans. Auteur et comédien, il raconte sa propre vie au Théâtre Saint-Gervais à Genève, dans une pièce intitulée les «Inepties volantes» qu’il a écrite et qu’il met en scène.

Renaître de ses cendres

 

 L’homme qui jette une lumière crue sur le chemin des barricades, c’est donc lui. Il savait qu’en éclairant le passé il se brûlerait les ailes. Il savait aussi qu’il pouvait s’en protéger grâce une langue vivifiante, s’inspirant d’Aimé Césaire, d’Ousmane Sembène, de Kateb Yacine, de Naguib Mahfouz, entre autres. Autant de «magiciens» qui vous permettent d’exorciser tous les démons de la terre, de renaître de vos cendres.

L’écriture est une survie. Dieudonné Niangouna le sait, qui a traversé trois guerres civiles au Congo-Brazzaville, entre 1993 et 2000, qui a passé les barricades, traqué par les «Zoulous», les «Nindjas» et les «Cobras», milices de trois chefs en conflit. Un sanglant et douloureux chemin, donc, qu’il refait dans «Les Inepties volantes», accompagné de l’accordéoniste Pascal Contet.

Des blocs de souvenirs

 

Sa pièce est un récit livré presque en vrac, sans début ni fin. Les sensations, les émotions, les pensées arrivent sur scène comme des blocs de souvenirs. Des pans entiers du passé. «Rouge est le sang des Nègres», crie l’acteur à la face du public. Rien de pathétique dans le ton. Le cri est plutôt viril. Pour une fois, l’Afrique revêt sa vraie couleur, humaine. 

Est-ce dû au fait que le spectacle est écrit et interprété par un acteur africain? On ose penser que oui. Car on est loin ici d’une vision infantilisante ou paternaliste de l’Afrique, adoptée souvent par des créateurs ou des écrivains occidentaux lorsqu’ils s’attaquent aux guerres africaines. On pense ici à «Rwanda 94», un spectacle documentaire du collectif belge Groupov, donné à Genève il y a 10 ans. Ou encore à «Cent jours cents nuits», roman de l’écrivain zurichois Lükas Bärfuss, également sur le génocide rwandais de 1994. Deux œuvres de grande qualité, certes, mais dont le discours consiste davantage à culpabiliser l’Occident qu’à responsabiliser l’Afrique.

Manifestation pluridisciplinaire

«Les Inepties volantes» constituent un préambule à la manifestation pluridisciplinaire «Mémoires blessées», qui prend place à Genève fin janvier. Organisée par le Théâtre Saint-Gervais, cette manifestation a pour but d’éclairer, grâce à des récitals, films, spectacles, conférences et expositions, «le passé traumatique de nombreux groupes ou communautés, occulté par l’Histoire». 

Pour sa troisième édition qui s’ouvre donc le 28 janvier, «Mémoires blessées articule les regards et les témoignages sur le monde (Argentine, Roms de Hongrie, Kurdistan, Turquie, Vietnam), avec des réflexions sur le colonialisme, la propagande par l’image cinématographique et les Conventions de Genève».

Point d’orgue de cette 3e édition, une exposition consacrée à l’artiste belge Frans Masereel (1889-1972), graphiste de grand talent qui, en 1915, trouva refuge à Genève et s’engagea dans la lutte contre la violence suscitée par les guerres.  

Une scène de la mémoire vive, c’est ce que sera Saint-Gervais durant les quinze jours de la manifestation.

Né au Congo en 1976.

Fils du premier grammairien africain, il est l’un des meilleurs jeunes auteurs congolais.

En 1997, il crée la compagnie «Les Bruits de la rue» pour laquelle il signe quatre mises en scène.

En tant qu’auteur et acteur, il se fait connaître en France grâce au festival Francophonies en Limousin, où il est programmé en 2002.

Sa pièce «Attitude Clando» rencontre un vif succès au festival d’Avignon, en 2007.

Elle parcourt le monde à l’occasion d’une grande tournée.

Même succès pour «Les Inepties volantes», spectacle présenté à Avignon également, en 2009.

Il vit aujourd’hui entre le Congo et Paris.

«Les Inepties volantes», de et par Dieudonné Niangouna. A voir au Théâtre Saint-Gervais, Genève, jusqu’au 22 janvier.

«Mémoires Blessées»: du 28 janvier au 14 février, Saint-Gervais, Genève. A l’affiche: expositions, concerts, films, spectacles et débats.

Programme à consulter sur le site ci-dessous.

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