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Les humains ont-ils une âme?

Quand l’armée des singes déboule, ça ne rigole plus chez les humains. Jim Burton

Vendredi soir à Locarno, sous un ciel enfin serein, la Piazza Grande bondée a accueilli «La Planète des Singes», nouvelle adaptation du roman de Pierre Boulle, signée par le réalisateur américain Tim Burton («Mars attacks», «Sleepy Hollow»). Enorme et agité.

Décor de science-fiction pour commencer. A bord d’un astronef, une équipe de spationautes réalise des expériences avec des chimpanzés. L’un des bestiaux s’égare dans l’espace à bord d’une capsule. Son maître, Leo Davidson (Mark Wahlberg) va alors partir à sa recherche à bord d’un engin du même type. Ce jour-là, il aurait mieux fait de se lancer dans une partie de poker.

Car, bringuebalé par un trou spatio-temporel, la planète qu’il va aborder n’est pas de tout repos. Finis les chromes luisants et les combinaisons immaculées de la science-fiction. C’est dans un univers d’heroïc-fantasy qu’il va débarquer, un univers nocturne et rugueux où les singes sont les maîtres, et les humains les esclaves.

Par chance pour tout le monde, et surtout pour le scénariste et le dialoguiste, les uns comme les autres parlent anglais, ce qui simplifie tout de même bien les choses.

Délirant melting-pot

Dans cette nouvelle version, Tim Burton a manifestement voulu réunir toutes les références possibles. Les singes en chef tiennent à la fois du chevalier, du centurion romain et du samouraï. Les humains, eux, ne dépareraient pas dans «Conan le Barbare au pays de la Guerre du feu». Enfin, Leo le héros ferait un «gladiator» très convenable, s’il ne se paraît soudain d’une aura très messianique…

Et quand arrive l’heure des cascades, bonds et autres voltiges, on se croirait dans un film signé John Woo, champion de ce cinéma américano-asiatique tellement à la mode (au point que Locarno, on l’a dit, lui consacre cette année une rétrospective).

Décors, costumes, maquillages sont époustouflants. Question grimages justement, Burton a fait appel à Rick Baker, qui avait déjà travaillé sur «Gorilles dans la brume» et «Greystoke». Difficile de reconnaître Tim Roth en Thade, le méchant général chimpanzé, ou Helena Bonham Carter en sympathique guenon militant à la «Ligue des droits de l’homme».

Tout cela pourquoi?

Tout cela pour le plaisir des yeux et du spectacle, bien sûr. Mais pas uniquement. Car, à l’instar du roman de Pierre Boulle ou de l’adaptation de Franklin J. Schaffner avec Charlton Heston (1968), la version de Tim Burton remet en cause le pouvoir politique comme les mythes religieux: ainsi celui de «Semos», le Singe originel, dont les adorateurs attendent le retour… Plus généralement, elle condamne toute idée qui permet à une société d’être fondée sur le racisme et l’exclusion.

Le message est bien sûr lourdement souligné, mais personne ne demande à ce genre de superproduction de faire dans la dentelle.

Les primates peuvent donc gloser sur l’existence ou la non-existence de l’âme humaine, comme la Chrétienté le faisait il n’y a pas si longtemps à propos des noirs. Ou, en une seule phrase, régler son compte à la prétention des bipèdes glabres: «La culture humaine est logée en-dessous de la ceinture». En l’occurrence, un accès de lucidité.

Dans l’adaptation de Franklin Schaffner, la Planète des Singes s’avérait être la Terre. Tim Burton n’a pas fait un remake du film de Schaffner, notamment parce que son astronaute à lui s’égare sur une planète qui n’est pas la nôtre, comme d’ailleurs dans le roman de Boulle.

Mais l’ultime rebondissement constitue un joli clin d’œil à la fameuse image de la Statue de la Liberté ensablée. Et surtout une porte ouverte à d’éventuelles prochaines aventures humano-simiesques.

Bernard Léchot, Locarno

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