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Les lithos de l’aristo

L'écharpe rouge de Bruant à Palexpo... swissinfo.ch

Aristocrate, boiteux, alcoolique, syphilitique, peintre, lithographe... Genève accueille Toulouse-Lautrec!

Henri de Toulouse-Lautrec, «spectateur-acteur du Paris fin de siècle», précise le titre de la «grande exposition» du Salon du Livre.

Serge Gainsbourg se rêvait peintre, c’est la chanson qui le rendit célèbre. On se souvient de son amertume: «art mineur» contre «art majeur».

C’est ses travaux de graphiste qui permirent à Henri de Toulouse-Lautrec de vivre, et non ses toiles. Art dit mineur contre art dit majeur, encore. La renommée lui vint même d’un coup, suite à sa toute première affiche: «La Goulue au Moulin-Rouge», en 1891.

De là à parler de reconnaissance… «A part ses œuvres de commande, de son vivant, il n’a rien vendu: il fait partie de ces trois zigotos de la fin du 19ème qui n’ont rien vendu: Van Gogh, Gauguin, Lautrec» constate le commissaire de l’exposition, Jean-Paul Morel.

«Spectateur-acteur du Paris fin de siècle»

Au milieu d’une multitude de dessins et de croquis, le commissaire commente sa démarche: «J’ai choisi les œuvres en fonction de cette thématique. Car Toulouse-Lautrec ne veut pas être qu’un témoin de son temps. Au Moulin-Rouge, il n’est pas un spectateur passif, il va dans les loges…»

On le sait, Lautrec a représenté Aristide Bruant, Yvette Guilbert et moult actrices ou danseuses de l’époque… Mais ce qui l’intéresse dans les personnages de la vie publique, c’est aussi leur vie privée, selon Jean-Paul Morel.

Lequel précise que, pour Toulouse-Lautrec, la démarche est la même dans les bordels, qu’il fréquente avec assiduité: «Il y a beaucoup de tendresse, c’est toujours des scènes très intimes».

Jean-Paul Morel en veut un peu au jugement de l’Histoire et sa tendance ‘politically correct’: «On accepte très bien les séances de bain de Degas, mais beaucoup de critiques ont trouvé Lautrec vulgaire… Pas du tout! C’est fait avec beaucoup de soin, de pudeur, même».

Prolixité & liberté

Affiches, dessins de presse, illustrations de chansons, de programmes de théâtre, de couvertures de livres, et même de menus… la main de Lautrec a illustré de nombreux supports.

Mort à 37 ans, c’est en une vingtaine d’années que l’artiste «a produit 475 lithographies et gravures, des gouaches, des aquarelles, 300 huiles, 3000 dessins, des vitraux, c’est invraisemblable…. C’était un foudre de travail» constate quant à lui le comte Guillaume de Toulouse-Lautrec – Henri était le cousin germain de son grand-père.

Mais ce qu’il met en avant, au-delà de cette prolixité, c’est le goût pour la liberté, qu’elle fût sociale, sexuelle ou artistique: «C’était surtout un homme qui aimait la liberté. Il faisait ce qu’il voulait», s’enflamme le petit-neveu.

Sa prolixité artistique n’a pas rapporté grand chose à Toulouse-Lautrec: il était généreux en cadeaux, et c’est notamment l’argent que lui donnait régulièrement sa mère qui lui a permis de survivre… «A par elle, sa famille l’a quasiment déshérité», relève Jean-Paul Morel.

Rébellion contre la vie»

Drôle de destin pour ce comte originaire du sud de la France, descendant des Comtes de Toulouse selon les uns, et d’une famille noble nettement moins prestigieuse selon les autres.

Toulouse-Lautrec le scandaleux, l’infréquentable, le noctambule grand amateur de rousses et d’absinthe, bref, Toulouse-Lautrec le sulfureux, un homme en rupture avec une famille aristocratique et donc conservatrice?

Guillaume de Toulouse-Lautrec s’oppose à cette vision du personnage. «Les gens aiment créer un Toulouse-Lautrec qui n’existe pas. Ce fut le cas avec le film de Planchon ou le music-hall d’Aznavour. Toulouse-Lautrec n’avait aucune idée de rébellion, vis-à-vis de son milieu. Il a été la prolongation d’une famille d’excentriques et d’originaux.»

Et d’ajouter: «Par contre, il était en rébellion contre la vie. Le fait d’être petit, d’avoir cette maladie osseuse, de ne pas pouvoir trouver une femme ni d’avoir d’enfants…»

Un point de vue que Jean-Claude Moret résume par une formule: «Il est arrivé dans la vie avec de gros handicaps, mais il a su les utiliser… parce que c’était sa seule façon de survivre».

A Genève, la prolixité et la liberté d’Henri de Toulouse-Lautrec s’affichent. Ainsi que son refus des jugements moraux étriqués, et, parfois, son étonnante modernité.

swissinfo, Bernard Léchot

Le 17e Salon international du livre, de la presse et du multimédia de Genève se tient du 30 avril au 4 mai.

La Grande exposition s’intitule «Henri de Toulouse-Lautrec, spectateur-acteur du Paris fin de siècle». Elle présente l’œuvre prolixe du peintre français, né à Albi en 1864 et décédé en 1901.

Ses plus célèbres lithographies sont exposées, ainsi que de très nombreux dessins et esquisses.

Un très beau catalogue («Toulouse-Lautrec en scène», Ed. Fondation pour l’écrit) est publié à cette occasion. Rédigé par le commissaire de l’exposition, Jean-Paul Morel, il est augmenté d’une introduction de Régine Desforges et d’une préface de Guillaume de Toulouse-Lautrec.

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