Locarno: une folie numérique pour ouvrir le bal
Les projections sur la Piazza Grande ont été inaugurées, jeudi soir, par «Final Fantasy - The spirits within» de Hironobu Sakaguchi. L'image de synthèse dans tous ses états, 106 minutes de prouesse technologique.
Pour commencer, c’est une délégation de la revue française «Les cahiers du cinéma» qui vient recevoir des mains de la nouvelle directrice du festival, Irene Bignardi, un Léopard d’honneur. Car «Les cahiers du cinéma» fêtent cette année leurs 50 ans d’existence. Alors on se félicite les uns les autres, et on cite les grands noms qui ont marqué la prestigieuse revue: Truffaut, Godard, Rohmer…
Les organisateurs doivent aimer les contrastes, car «Final Fantasy», superproduction américaine à 160 millions de dollars, est à la Nouvelle Vague ce qu’un tour de grand-huit est à une balade en poney. Le film est adapté d’un jeu vidéo interactif, vendu à 33 millions d’exemplaires depuis sa création en 1987. Attachez vos ceintures, cela va vite, cela frappe fort, c’est bruyant, ça fait rêver, et ceux qui sont sujets au vertige feraient mieux d’aller sucer une glace au bord du lac.
Rouge méchant et bleu spirituel
L’intrigue, d’abord. Au futur proche. Une météorite a apporté sur terre de vilaines créatures rouges (les fantômes, franchement effrayants) qui font rien qu’à zigouiller les humains.
Dans une Amérique ravagée se débattent encore quelques représentants de notre espèce. A droite, des militaires rationalistes, raides et bornés comme des militaires, qui préconisent la force brutale quitte à exploser la planète. A gauche, des scientifiques new-age qui veulent préserver «L’Esprit» de la Terre, Gaïa pour les intimes. Gaïa est bleue, vous l’aurez compris.
Au milieu, un officier qui balance entre son sens de la discipline et ses sentiments pour la belle Aki, figure de proue des animistes new-age. Dit comme ça, cela paraît un peu court. Et en fait, ça l’est. Mais l’essentiel du film n’est pas dans le scénario.
Une étape de plus
«Final Fantasy» est surtout une performance technologique. Pas un plan de ce long-métrage qui ne relève pas de l’image de synthèse. Les paysages sont à couper le souffle, qu’il s’agisse de montagnes arides ou de mégalopoles effondrées. Les vaisseaux spatiaux sont saisissants, dans leur architecture comme dans leurs mouvements. Et les créatures terribles à souhait.
Surtout, les personnages humains, de synthèse également, bénéficient d’un réalisme jamais atteint jusque là. Regardez les cheveux d’Aki, et vous comprendrez… Ce n’est pas encore parfait (les scènes d’émotion feraient même plutôt rigoler), mais pour l’heure, personne n’a encore fait mieux.
Reste tout de même une question, basique j’en conviens, mais qui me turlupine quand même: à quoi sert-il de remplacer des comédiens, naturellement expressifs, par des pixels auxquels des vrais humains ont dû prêter leur voix et leurs gestes pour les rendre approximativement humains? Vous me suivez? Au-delà de l’exploit strictement technologique, on peut s’interroger.
Ah, une autre question me taraude également: après avoir confié le thème de «Titanic» à Céline Dion, était-il vraiment nécessaire d’octroyer celui de «Final Fantasy» à Lara Fabian? Mmh?
Bernard Léchot
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