Marianne Basler joue l’attente du non-retour à Vidy
Elle traverse avec excellence les rôles les plus durs. Elle? C'est la comédienne suisse Marianne Basler. Cette fois-ci, elle se retrouve veuve au bord d'un fjord en Norvège, scotchée devant sa fenêtre. Jusqu'au 18 février au Théâtre de Vidy à Lausanne.
Le fjord à perte de vue, une femme regarde par sa fenêtre. Depuis vingt ans. Elle n’a pas cessé de se poser des questions. Mais elle ne trouve pas de réponse.
«Au début de la pièce, on retrouve le lieu de la dernière rencontre et du dernier regard entre un homme et une femme, raconte Marianne Basler, qui tient le rôle principal dans ce drame norvégien intitulé «Un jour en été».
Puis, on comprend vite que l’époux ne reviendra pas. Et que sa femme, sous le poids de la disparition de son mari, est contrainte d’épouser le deuil.
Mais contrairement à ce que l’on a pu lire ici ou là dans la presse romande, il ne s’agit pas du drame d’un couple de pêcheurs, confirme d’entrée Marianne Basler. Mais bien plutôt d’un couple de citadins, en mal de mer, qui sont venus s’établir en pleine campagne norvégienne.
Peut-être est-il parti parce que la mer le fascinait? Ou pour se confronter au danger de l’extrême? Ou pour surfer simplement sur les vagues de la vie? Ou encore, plus cruellement, parce qu’il ne l’aimait plus? Plus assez? Plus vraiment?
«Lorsque quelqu’un décide de disparaître, quelle qu’en soit la manière, relève Marianne Basler, on peut en déduire que son attirance pour la mort est plus forte que son instinct de survie.»
Toujours est-il que la veuve reste accrochée à sa fenêtre. Comme vide de toute vie. Marianne Basler se plaît à citer le texte: «Je suis envahie par une claire obscurité». Et en ce sens, elle a déjà rejoint son mari.
«Un jour en été» a été écrit par celui que toute l’Europe convoite, le dramaturge norvégien Jon Fossé, éminent spécialiste de l’écriture intimiste à caractère hypnotique.
L’originalité de la mise en scène, signée par le Français Jacques Lassale, réside en une narration de l’histoire vécue en direct, comme une mémoire, avec Marianne Basler, et de ce qu’est devenue l’héroïne vingt plus tard.
Du point de vue de l’adaptation, Jacques Lassale est parvenu à maintenir la tension subtile sur le texte éthéré du Norvégien Jon Fossé.
Mais comment se fait-il au juste qu’un scénario aussi classique recueille autant de succès? «Parce qu’il parle de la vie et du non-désir de vivre, répond Marianne Basler. Parce que sans doute chacun d’entre nous a croisé un jour un regard habité par le désir d’en finir».
Et ce goût de l’impuissance devant l’intolérable intrigue et attire le spectateur. Car, à priori, il est rassurant de penser que l’instinct de survie devrait supplanter l’instinct de mort.
La pièce ne donne pas de réponse sur la disparition de l’époux. «Et l’héroïne n’en est que plus intéressante à jouer, conclut Marianne Basler. Car personne n’a de solutions toutes faites sur la vie, la mort et l’amour».
Emmanuel Manzi
Représentations tous les soirs à 19h, sauf le vendredi à 20h30 et le dimanche à 17h30. (Lundi relâche).
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