Nyon, un petit tour dans la ville Lumière
Le Festival des arts vivants de Nyon (FAR) «s’expatrie» quelques jours à Paris. Bénéficiant d’une carte blanche, il présente au Centre culturel suisse pièces de théâtre, installations et performances. Une manière d’élargir ses perspectives.
Depuis trois ans, le CCSP (Centre culturel suisse, Paris) a pris l’habitude de «délocaliser» des institutions helvétiques en les invitant à se produire dans ses murs, l’espace de quelques jours. But de l’opération: «mettre en avant les forces et les capacités des institutions invitées en présentant une partie de leur travail, spectacles, films, installations, musique… », confie Jean-Paul Felley qui codirige, avec Olivier Kaeser, le CCSP.
Cette heureuse initiative a trouvé son public, très nombreux à chaque manifestation, car curieux des pratiques artistiques suisses, «qui s’exportent très bien», précise encore Felley.
Parmi les «délocalisés», il y eut ainsi, en 2009, le festival de cinéma «Visions du réel», suivi l’année d’après par le Cully Jazz festival, puis par le Montreux Jazz festival. Sans compter la célèbre revue d’art zurichoise Parkett, à laquelle le Centre consacra une exposition.
A vrai dire, il n’est pas étonnant que des structures de renommée internationale connaissent du succès à Paris. Mais en sera-t-il de même pour le FAR (Festival des arts vivants) auquel le CCS donne carte blanche du 8 au 10 juin? Car, contrairement aux monstres sacrés précités, le FAR, qui se tient toutes les années, début août, à Nyon sur les bords du Léman, est un petit festival, plutôt discret, fait-on remarquer à Jean-Paul Felley.
Promenade en canot et barbecue
Notre interlocuteur rebondit aussitôt: «On n’entend pas se limiter aux notoriétés. Et puis détrompez-vous, le FAR a ses fans dont la fidélité dépasse nos frontières. En France, et à Paris notamment, il est connu par les amateurs avisés aussi bien que par les professionnels. Malgré son petit budget, il maintient une qualité dans la recherche que je considère comme exemplaire. Pour moi, il reste l’un des meilleurs festivals de Suisse romande».
Dirigé par la très curieuse Véronique Ferrero Delacoste, le FAR, ouvert sur des performances très pointues d’ici et d’ailleurs, sort forcément des sentiers battus – au double sens du terme. En août dernier, sa directrice avait invité le comédien et plasticien français Philippe Quesne à se produire à Nyon. L’artiste avait alors emmené son public dans les bois pour un bivouac nocturne. A la clé, une promenade en canot et… un barbecue.
La promenade a très vite pris l’allure d’un spectacle interactif: échanges entre Philippe Quesne et son public, photos aussi. De cette rencontre champêtre, l’artiste a ramené à Paris un bout de nature suisse (bois, pierres…) qui prendra au CCS la forme d’une installation.
Présentée sous le titre Ultra FAR, cette édition hors les murs est donc l’extension d’un festival qui a habitué ses spectateurs au décloisonnement des genres. «C’est notre ligne artistique, nous essayons de l’observer à Nyon, et nous avons voulu faire de même à Paris», explique Véronique Ferrero Delacoste.
Une ville et ses habitants
«Depuis des années, poursuit-elle, on engage des créateurs qui travaillent sur des projets croisés: parcours de vie, liens entre une ville et sa population». Ce fut le cas en 2010 avec Le Club des Arts, collectif romand qui a recueilli auprès des habitants de Nyon des anecdotes concernant un objet de la ville. A partir des histoires racontées, le collectif, à cheval sur plusieurs disciplines (théâtre, installations, musique…), a confectionné des sculptures. Elles seront présentées au CCS, en même temps qu’un spectacle musical, Le Centre du monde, monté également par le Club des Arts.
Croiser les sensibilités artistiques, c’est bien. Croiser les identités, c’est encore mieux. Ultra FAR met à son affiche des metteurs en scène et comédiens français, comme Philippe Quesne et Yves-Noël Genod, bien connus à Paris. «Ici, ce sont des ‘noms’, affirme Jean-Paul Felley. Il y aura donc des spectateurs qui viendront spécialement pour eux, ce qui leur permettra de découvrir nos propres artistes, Christophe Jaquet, par exemple (du groupe lausannois Velma, Ndlr), ou encore François Gremaud, homme de scène très talentueux. C’est l’avantage de ce festival qui, s’il est petit de taille, n’en permet pas moins des échanges importants entre Paris et Nyon.»
Même écho du côté de la directrice du FAR. «Nous sommes une petite équipe, cette carte blanche marque une reconnaissance internationale pour nous, et nationale pour la Ville de Nyon qui soutient ardemment nos efforts depuis des années», conclut Véronique Ferrero Delacoste.
Carte blanche au Festival des arts vivants (FAR) de Nyon. A voir au Centre Culturel Suisse, Paris, du 8 au 10 juin.
Nyon. Depuis 27 ans, le Festival des arts vivants se tient à Nyon (VD) tous les étés, début août.
A part. Il occupe une place à part dans le paysage helvétique du théâtre, de la danse et de la performance.
Emulation. Seule manifestation estivale de cet ordre dans la région, il explore les nouveaux territoires des arts vivants et réunit les conditions propices à une véritable émulation artistique.
Radical. Il maintient depuis ses débuts une programmation suisse et internationale et poursuit sa volonté de sensibiliser le public romand aux esthétiques contemporaines les plus radicales.
Carte blanche.
En juin 2011, le Centre Culturel Suisse, Paris, lui offre carte blanche pour quelques jours. Le FAR y présente une sélection d’œuvres scéniques, mais aussi une installation, des archives sonores et des publications.
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