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On n’achève pas Pollack!

A Locarno, un Sydney Pollack détendu face à la presse. swissinfo.ch

Le réalisateur américain Sidney Pollack était samedi à Locarno pour y recevoir un «Léopard d'honneur». Et y assister à la projection de «On achève bien les chevaux».

Pleuvra, pleuvra pas? C’est le grand soucis du jour pour Sydney Pollack, curieux de voir sur la Piazza Grande «They shoot horses, don’t they?» («On achève bien les chevaux»), qu’il avait réalisé en 1969 et qu’il n’a pas revu depuis moult années.

Preuve d’humilité, son impatience est mêlée d’inquiétude: «Un film, c’est comme une lettre. On peut se dire: c’est ridicule, pourquoi ai-je écrit ça il y a trente ans? J’espère que ce ne sera pas le cas, et que ce film a gardé une portée atemporelle», confie le réalisateur lors de la conférence de presse qui précédait l’événement.

Remise officielle du Léopard d’Honneur en début de soirée, sur la Piazza Grande. Face à la foule immense qui l’applaudit, Pollack est manifestement touché. Puis, projection de «Passage», un court-métrage de la cinéaste iranienne Shirin Neshat. Suit «Un nouveau Russe», long socio-polar de Pavel Lounguine.

Mais en cours de route, la pluie intervient. Un peu, puis beaucoup. Déluge. Pas de chance pour Sydney Pollack: c’est au ‘Fevi’ que sera projeté son oeuvre, ce pathétique marathon de danse dans une Amérique paupérisée.

Un «film maker» complet

Pourquoi le choix de Sydney Pollack comme lauréat du Léopard d’Honneur? Pour Irene Bignardi, directrice artistique du Festival de Locarno, «Sydney Pollack est un ‘film maker’ complet. Metteur en scène, auteur, producteur, acteur. Il s’est consacré à une forme de cinéma très civilisée, très cultivée, même si elle est populaire. Dans le contexte américain, on retrouve donc là l’esprit de Locarno.»

En une quarantaine d’années, Sydney Pollack a signé dix-huit longs-métrages (dont sept avec Robert Redford) relevant de genres pour le moins multiples – western, thriller, comédie, film d’action, intrigue sociale, politique ou psychologique. Avec une belle continuité dans le succès, aussi bien public que critique.

Quelques titres en guise de rappel? «Nos plus belles années» (1973), «Les trois jours du Condor» (1975), «Tootsie» (1982), le très oscarisé «Out of Africa» (1985), «La Firme» (1993), «L’Ombre d’un soupçon» (1999)…

Du côté du comédien Pollack, quelques participations de taille sont à mettre à son palmarès, notamment dans «The Player» de Robert Altman, «Maris et femmes» de Woody Allen ou «Eyes wide shut», dernière œuvre de Stanley Kubrick.

Hollywood, le pire et le meilleur

Retour à la conférence de presse. «J’ai toujours travaillé dans le cadre du cinéma commercial, en essayant de préserver un espace qui me garantisse un peu de liberté et d’intelligence, explique Sydney Pollack. Mais cela dans les limites du possible, celles d’un cinéma qui doit pouvoir atteindre chacun, n’importe où dans le monde».

Mais le paysage cinématographique américain ne va pas vraiment dans le sens de la liberté… Ainsi Pollack constate-t-il que le budget marketing d’un film est désormais supérieur au coût de celui-ci, et que le public-cible, toujours plus jeune, est devenu très impatient: «Les jeunes font leurs devoirs en regardant un film et en écoutant du rock n’roll. Si ça ne dégaine pas très vite, ils s’ennuient». D’où une progression implacable du cinéma «fast food».

Sydney Pollack conserve néanmoins une approche pragmatique de son métier. Dans une démarche qui ne serait qu’artistique, il voit de l’arrogance. Pour lui, c’est la qualité de l’histoire qui prime sur le message politique.

A propos de politique, quelle place peut tenir le 11 septembre dans le cinéma américain? Pour le réalisateur, il faut un temps de digestion: «Impossible de passer immédiatement du journal au film. Ou alors c’est un documentaire. Ou de la propagande. Les premiers bons films sur le Vietnam ont été faits quinze ans après…»

Le rêve de Sydney Pollack, un rêve qu’il traîne depuis longtemps, c’est de réaliser un film qui proposerait un regard réaliste sur Hollywood. «Parce que tout est bizarre à Hollywood, mais une perle en sort parfois. Comme une fleur qui pousse sur du fumier. Chaque année, un film ou l’autre est magnifique et aura une longue carrière, un impact universel. C’est un processus que j’aimerais creuser, mais je n’ai pas encore l’histoire». On attend impatiemment qu’il la trouve.

swissinfo/Bernard Léchot

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