Règlements de comptes à O.K. Zurich
«Scheherazade», c'est le titre de l'un deux films suisses qui figurent à l'affiche de la compétition du Festival de Locarno. Un huis-clos lacustre assez malsain, premier long-métrage du réalisateur grison Riccardo Signorell.
Le ciel est bleu, le lac de Zurich aussi. Un bateau s’y promène. «C’est un vieux bateau, mais il est en pleine forme», commente son propriétaire, Peter Rehstahl, un riche businessman du coin qui se définit lui-même par la même occasion. Bronzé, la cinquantaine carnassière, il manque toutefois quelques détails au portrait: derrière sa gueule de mannequin pour retraités dynamiques se cache une caricature du battant égocentrique et arrogant. Avec lui, sa fille de 19 ans, introvertie, blonde et belle.
La douce croisière va être perturbée par l’arrivée de son fils, Michael, bohème et immature. Avec lui, deux amis, un jeune financier qui travaille avec son père et sa femme, une galeriste londonienne.
La croisière ne s’amuse plus
Michael est venu pour fêter l’anniversaire de sa sœur, mais surtout pour tenter d’obtenir des sous de papa: il rêve de suivre une école de photographe aux USA. Refus du père, pour lequel le mot «artiste» est une insulte. Le père, qui préfère de loin le contact avec le jeune banquier, dans lequel il se retrouve: un battant aux dents longues et sans états d’âme, pléonasme. «Je dérange? Ah, tu es en discussion avec ton nouveau fils», dit Michael en pénétrant dans une pièce où les deux hommes s’entretiennent. Dur.
Rapidement, le champagne, puis le whisky et le cognac vont couler à flot, déliant les langues. In vino veritas, n’est-ce pas? Et là, la vérité est si forte qu’elle explosera soudain, brutale, par la bouche d’un Michael humilié et parfaitement bourré: «Savez-vous que papa couche avec la petite?» Non, les amis ne savaient pas. Mais le banquier, lui, n’en fera pas un plat: sa carrière est en jeu.
Tourné avec un très petit budget, «Scheherazade» s’en tire moyennement bien. Malgré certaines longueurs, la sauce prend, le glissement progressif d’une apparence de bonheur affectif à une déflagration familiale étant assez réussi, et cela dans un cadre qui joue la carte du théâtre classique: unité de temps, d’espace et d’action.
On peut par contre s’interroger sur le caractère archétypal des personnages. Et surtout, sur le choix d’une situation aussi extrême pour dénoncer, sans grand contenu, l’absence de communication et de compréhension au sein d’une famille. A quand l’histoire d’un fonctionnaire bernois, marié à une drag-queen, qui se taperait le hamster familial sous l’œil médusé de son fils, un artiste-peintre refoulé? Tiens, il faudra que j’en parle à un producteur.
Bernard Léchot, Locarno
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