Remous autour de Radio Blue Sky, la station de l’ONU financée par la Suisse au Kosovo
Lors d’un reportage à Pristina, un journaliste du «Temps», s’est fait l’écho d’une controverse autour des médias internationaux. Accusés, par certains Kosovars, d’être à la botte de l’ONU, ils se défendent.
L’une des nombreuses facettes de l’aide à la reconstruction du Kosovo consiste à offrir à la population une information digne de ce nom et donc à restaurer un paysage médiatique mis à mal par la répression serbe et les séquelles de ce tragique conflit interethnique. Dans ce terrain miné, l’on imagine avec quelle âpreté les divers camps se bousculent pour mettre la main sur le «cinquième pouvoir». D’autant que le secteur est en pleine expansion.
La Suisse participe largement à la restauration de l’indépendance et de la liberté de la presse au Kosovo. D’une part, c’est le journaliste Eric Lehmann (qui se trouve également être le président de la radiotélévision helvétique, SRG SSR Idée Suisse) qui dirige cette année la Radio-Télévision du Kosovo (RTK). D’autre part, on trouve Thérèse Obrecht, de la Télévision suisse romande, à la tête de Radio Blue Sky, la station que la Suisse finance pour le compte des Nations unies.
Il existe encore un média indépendant, Radio Galaxia, l’organe de la KFOR (OTAN), qui travaille, comme du reste Blue Sky, sur une base multiethnique et qui émet dans les trois langues principales de la région. C’est ce qui irrite certains journalistes kosovars, victimes de la répression serbe et, bien sûr, le camp des revanchards.
Lors de son enquête sur place, notre confrère Etienne Dubuis a recueilli des témoignages de Kosovars qui reprochent à Radio Blue Sky de n’avoir aucune audience et d’être à la botte de la MINUK, la Mission de l’ONU au Kosovo dirigée par Bernard Kouchner.
Le journaliste du Temps a également rencontré Thérèse Obrecht, qui défend pour sa part «un journalisme exigeant et neutre, tel qu’il est pratiqué en Occident». Et qui affirme que les mécontents tentent, en fait, d’obtenir leur part de l’aide financière de la communauté internationale.
«Bien sûr, admet Thérèse Obrecht, le Kosovo compte heureusement beaucoup de journalistes connaissant bien leur métier. Mais, dans la situation pour le moins transitoire du Kosovo, il est bon que les journalistes internationaux interviennent, tout simplement parce qu’ils jouissent d’une plus grande liberté. Imaginez qu’un Kosovar veuille donner la parole aux Serbes: il a toutes les chances de subir d’intenses pressions».
Pour combien de temps encore? Le temps que la mémoire peut mettre à cicatriser. Mais, à plus court terme, les premières élections municipales du Kosovo de l’après-guerre, prévues pour septembre, vont encore aiguiser bien des dents.
Isabelle Eichenberger
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