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Vrais Heep et faux Floyd, nostalgies électriques

Le retour de Pink Floyd? swissinfo.ch

A l’occasion de son vingtième anniversaire, le festival du Chant du Gros a proposé vendredi, sur sa ‘Sainte scène’, une soirée estampillée seventies avec les prestations de Uriah Heep et de Pink Floyd. Enfin, presque Pink Floyd…

Le Chant du Gros… «Au départ, ce nom, ça n’était pas trop porteur! On ne nous prenait pas au sérieux», nous confiait un jour Gilles Pierre, fondateur et patron de la manifestation qui souffle vingt jolies bougies cette année, dans la petite cité du Noirmont.

«Le champ appartenait à un personnage qu’on appelait ‘Le Gros Louis’», raconte Gilles Pierre. «La première année, quand on lui a dit qu’on voulait faire un festival, il a dit ‘Allez-y les jeunes, tant que vous me rendez mon champ en état, vous pouvez le faire!’».

Aujourd’hui, le Gros n’est plus de ce monde, mais son champ (son chant?), oui. Et même s’il est question de délocaliser la manifestation à l’avenir, pour cette vingtième édition, Gilles Pierre a décidé de se faire plaisir. Pensez, après avoir réussi au fil des ans à faire venir dans le Jura New Model Army, Lavilliers, les Wailers, Jane Birkin, Bashung, Benabar, Renaud, Cali, Johnny Clegg, Dutronc ou Deep Purple, pour ne citer qu’eux, pourquoi n’accrocherait-il pas un jour Pink Floyd à son palmarès, comme il le claironne, non sans un sourire en coin, depuis si longtemps?

Mais voilà. «Les membres du Floyd original sont brouillés, à la retraite ou carrément morts. Bon. Alors on fait quoi? Et bien, tu prends des kangourous ravagés de passion et de talent, tu leur adjoints l’équipe technique du Floyd, tu gardes les yeux et les oreilles bien ouverts et tu y es!», écrit Gilles Pierre sur le site web de la manifestation, avec la plume imagée qui le caractérise. Welcome donc to «The Australian Pink Floyd Show»!

Look at Yourself !

Mais, vendredi soir, avant les marsupiaux psychédéliques, le public du Noirmont aura fait une étape en Côte d’Ivoire avec le superbe reggae de Tiken Jah Fakoly, et dans un autre espace-temps avec… Uriah Heep.

Uriah Heep, si si. L’un des groupes les plus honnis de la ‘rock-critic’ des seventies, notamment pour son pompiérisme avoué et les frasques de gamins capricieux de ses membres. Uriah Heep, qui pourtant eut un énorme succès public au début des années 70 et fut l’une des influences majeures du groupe Queen.

Les années ont passé. David Byron, le chanteur charismatique, est mort depuis belle lurette. Ken Hensley, l’organiste-guitariste inspiré, a fait ses valises il y a longtemps. Uriah Heep a connu moult formules, troqué les vastes salles pour de plus modestes clubs, produit des disques destiné à ses aficionados, mais n’a jamais abandonné. Même si ne reste aujourd’hui des membres «historiques» que le guitariste Mick Box.

Uriah Heep sur scène, en 2011, a la pêche. S’ils jouent quelques titres de leur dernier album, le musclé «Into the Wild» paru cette année (leur 23ème album en studio!), c’est à une relecture de leurs classiques qu’ils se livrent principalement, remontant même jusqu’à un «Gypsy» millésimé 1970.

Envolées lyriques de «Return To Fantasy», rock lourd de «Look at Yourself», arpèges acoustiques de «The Wizard». Mick Box aime toujours autant la wah-wah et la basse de Trevor Bolder (ex-Bowie) vagabonde autant que vagabondait celle de Gary Thain. Quant à Bernie Shaw, il est brillamment en voix, mais une voix typée hard rock qui n’a pas grand chose à voir avec celle de David Byron. Avec lui, Uriah Heep a gagné en puissance et perdu cette préciosité qui faisait une large partie de son charme.

N’empêche… Quand «July Morning» retentit, ou quand dix mille personnes entonnent à pleins poumons le refrain de «Lady in Black», la madeleine de Proust fonctionne. Cette madeleine qui me ramène, ce jour de juin 1974, à la Festhalle de Berne. Look at Yourself ? Oui, mais le miroir est déformant, à travers 37 années écoulées…

Wish You Were Here

Projections 3D – le public a reçu les lunettes adéquates – sur un écran circulaire en fond de scène. Lasers. Ballet de lumière. Effets sonores quadriphoniques. Parfums de cannabis. Oui, on est bien à un concert de Pink Floyd.

Ecoute-t-on du vrai Mozart lorsqu’on va à un concert où l’on joue du Mozart? A priori, oui. Ou tout au moins, personne ne dit: tiens, je vais écouter un faux Mozart ce soir, sous prétexte que Wolfgang Amadeus ne tient pas la baguette lui-même. Et ne l’a pas tenue depuis un moment, d’ailleurs. Alors pourquoi pas la même approche avec Pink Floyd? La question est moins de savoir si Pink Floyd doit être comparé à Mozart (cela, à vrai dire, on s’en fout un peu) que de s’interroger sur la relation entre création et interprétation, non?

Bluffants, les Australiens. L’interprétation est là, le son aussi. Note à note parfait. Même les voix, après une période d’acclimatation, donnent le change. Il y aura les morceaux que la foule attend, bien sûr, de «Shine On You Crazy Diamond» à «Comfortably Numb» en passant par «Money» ou «Another Brick In The Wall». Avec des moments de perfection, comme ce «Sorrow» gigantesque, tiré de «A Momentary Lapse Of Reason»: les Australiens jouent aussi le Pink Floyd des années 80 et 90.

Mais ils reprennent aussi des choses beaucoup plus étonnantes, voire audacieuses en ce 21ème siècle: ainsi «Careful with That Axe, Eugene», long délire psychédélique tiré de «Ummagumma», ou «Arnold Layne», ce single paru en 1967 et que Pink Floyd mit ensuite de côté. Pas de doute, «The Australian Pink Floyd Show» aime le quatuor anglais en fans transis.

Mais pas en bêtes de scène. Hyper-concentrés. Peu communicatifs. Au point de refroidir une partie du public, ne repérant pas suffisamment l’émotion derrière ce mimétisme trop parfait.

La force du rock réside notamment dans sa réinvention permanente. Dans la fulgurance. Dans la surprise qui guette au détour d’un arrangement. Or là, pas de réinvention: normal, ce n’est pas le but. Une perfection parfois étouffante. Un respect démesuré.

La meilleure analyse sera finalement celle entendue auprès d’un adolescent, fan de Pink Floyd: «J’ai eu du plaisir pendant tout le concert. Mais… il manquait l’orgasme. Pour ça, il aurait fallu que cela soit vraiment Pink Floyd».

«Wish You Were Here», en quelque sorte.

1991. Le Festival du «Chant du Gros» a lieu depuis 1991 au Noirmont.

3 jours. Cette 20e édition a lieu du 8 au 10 septembre. Dernier festival ‘open air’ de l’été en Suisse, les concerts ont néanmoins lieu sous des chapiteaux.

3 scènes. Les deux principales scènes ont des noms imagés: la «sainte scène» pour la plus grande, «la scène déménage» pour la plus petite. Reste encore le Fan club, pour ceux qui comment tôt et finissent tard.

Vedettes de cette édition:

Louis Bertignac, Ben l’Oncle Soul, Jimmy Cliff, Akhenaton, Tiken Jah Fakoly, Uriah Heep, The Australian Pink Floyd Show, Dub Incorporation, Yannick Noah.

Dickens. Groupe fondé à Londres en 1969. Son nom est celui d’un personnage du roman David Copperfield de Charles Dickens.

Salisbury. Son 2e album (Salisbury, 1971) propulse le groupe en haut des hit-parades grâce à la balade acoustique Lady in Black.

Succès. Les albums Look at Yourself, Demons and Wizzards et The Magician’s Birthday, Sweet Freedom (parus entre 1971 et 1973) confirment le succès du groupe.

Débandade. La mort du bassiste Gary Thain (1975), l’expulsion du chanteur David Byron (1976), marqueront la fin de la période «historique» d’Uriah Heep. L’organiste Ken Hensley quittera le bateau en 1980.

Persévérance. Avec de réguliers changements de personnel, Uriah Heep poursuit sa route néanmoins. Leur 23ème album en studio, «Into the Wild» a été publié en 2011.

Depuis 2007, le groupe est constitué de:

– Bernie Shaw (voix)
– Mick Box (guitare)
– Phil Lanzon (claviers)
– Trevor Bolder (basse)
– Russell Gilbrook (batterie)

1988.The Australian Pink Floyd Show (TAPFS) a été constitué à Adelaïde, Australie, en 1988, autour de Steve Mac (guitare et voix), Paul Bonney (batterie) et Jason Sawford (claviers).

Succès. Depuis, ils se sont agrandis et ont fait le tour de la planète, rapprochant leurs shows au plus près de ceux de leur modèle, aussi bien en matière d’interprétation, de son que de light-show.

 

Gilmour. Ils ont été salués et ‘approuvés’ oar plusieurs membres de Pink Floyd, dont David Gilmour, qui les a même invités à son 50ème anniversaire!

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