La Suisse réduit ses émissions de CO2, mais pas assez vite

Il y a aujourd’hui près de 4.6 millions d’automobiles en Suisse, soit presque 50% de plus qu’en 1990. © Keystone / Michael Buholzer

Au cours des 30 dernières années, la Suisse a réduit ses émissions de gaz à effet de serre, mais cela ne suffira pas pour atteindre l’objectif national fixé pour 2020. Voici une série de chiffres et de graphiques pour illustrer cet échec.

Ce contenu a été publié le 05 juillet 2020 - 09:00

À la fin de cette année, les émissions de la Suisse devaient avoir baissé de 20% par rapport au niveau de 1990. C’est ce à quoi le pays s’est engagé avec sa loi fédérale sur le CO2.

Bien qu’il reste en fait encore deux ans - puisque les chiffres les plus récents sur les émissions datent de 2018 – la Suisse n’atteindra pas l’objectif, avertit l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), sur la base des estimations actuelles. Et le ralentissement temporaire de l’activité causé par la crise du coronavirus ne permettra pas non plus d’y arriver.

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Depuis 1990, les émissions de la Suisse ont diminué de 14%, alors que la population a augmenté de 27%. L’évolution des émissions varie selon le secteur considéré, comme l’illustre le graphique que voici.

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Si l’on compare les époques, on remarque que ce n’est plus le secteur du bâtiment qui génère le plus d’émissions, mais celui des transports.

À noter également l’augmentation de la part des gaz dits «synthétiques», au nombre desquels on compte les produits réfrigérants et les propulseurs pour sprays en bombes, utilisés comme alternatives aux gaz nocifs pour la couche d’ozone.

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Des pompes à chaleur à la place du mazout

Une analyse plus approfondie montre que la réduction la plus marquée des émissions a été atteinte dans le secteur du bâtiment. L’amélioration de l’efficience énergétique et le remplacement des anciens systèmes de chauffage au mazout ont contribué à réduire l’impact climatique des maisons et des bâtiments de 34%.

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Malgré la progression des pompes à chaleur et du solaire thermique, le potentiel de réduction des émissions des bâtiments, en particulier des constructions anciennes, est encore important.

La Suisse est l’un des pays européens qui utilisent le plus le chauffage à mazout et actuellement, 1% seulement des bâtiments sont rénovés chaque année. À ce rythme, il faudra un siècle pour assainir tous les édifices du pays. L’article ci-dessous explique pourquoi la modernisation des bâtiments progresse aussi lentement.

Moins de vaches et moins de fermes

Le secteur agricole, responsable d’un septième de toutes les émissions de la Suisse, a lui aussi enregistré une baisse par rapport à 1990 (-10%). Au fil des ans, ce sont non seulement les surfaces agricoles qui ont diminué, mais aussi le nombre de bovins, dont on sait qu’ils contribuent à l’effet de serre par leurs émanations de méthane.

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La diminution du nombre de têtes de bétail et le moindre recours aux engrais minéraux ont permis de réduire les émissions de la production agricole directe d’environ 8% entre 1990 et 2011, explique à swissinfo.ch Hannah Hofer, responsable énergie et environnement à l’Union suisse des paysans (USP). Mais dans le même temps, les émissions de la filière agroalimentaire ont augmenté (de 15%).

En raison notamment de la complexité des processus biologiques, par exemple dans le système digestif des ruminants, ou des organismes qui vivent dans le sol, il n’est pas facile de réduire sensiblement les émissions de l’agriculture, note Hannah Hofer. De plus, dans les exploitations agricoles, la protection du climat peut entrer en conflit avec d’autres objectifs poursuivis dans le secteur, comme le bien-être des animaux, la sécurité de l’approvisionnement ou la réduction de l’utilisation de produits phytosanitaires.

Selon l’USP, des réductions importantes dans l’agriculture ne sont possibles qu’au détriment de la production alimentaire, par exemple par une diminution volontaire du cheptel bovin, ce qui supposerait une réduction de la consommation de produits animaux, note encore Hannah Hofer.

Des voitures plus grosses et plus puissantes

Contrairement au bâtiment, à l’agriculture et à l’industrie (qui a réduit ses émissions de 14%), le trafic routier a vu les siennes augmenter, même si c’est d’un petit 1%.

Les raisons en sont multiples. Tout d’abord, il y a plus de véhicules en circulation qu’il y a 30 ans. Rien que les voitures sont aujourd’hui près de 4,6 millions, soit presque 50% de plus qu’en 1990.

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Par rapport aux autres Européens, les Suisses ont une préférence marquée pour des véhicules toujours plus gros et plus puissants. Ici, les SUV (véhicules utilitaires sportifs) représentent presque la moitié du parc automobile, alors que leur part est d’environ un tiers en moyenne dans les autres pays d’Europe.

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L'augmentation de la part des moteurs diesel, qui émettent moins de CO2 que ceux à essence, les progrès technologiques de l’industrie automobile et l’augmentation du nombre de véhicules électriques ont contribué à réduire les émissions.

Toutefois, le non-respect des exigences en matière de CO2 des voitures neuves et l’augmentation du nombre de kilomètres parcourus ont définitivement repoussé l’objectif de réduction des émissions dues au trafic, qui était de 10% par rapport à 1990.

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En ce début d’année marqué par la crise sanitaire, la crainte d’attraper le coronavirus dans les transports publics a incité de nombreuses personnes à utiliser la voiture ou la moto, comme l’a montré une enquête publiée en avril par le cabinet de consultants Deloitte Suisse. À l’avenir, il faut donc s’attendre à une augmentation du trafic individuel motorisé, ce qui risque de compromettre la politique climatique nationale.

La Suisse en comparaison internationale

Au niveau mondial, les émissions helvétiques de gaz à effet de serre ne représentent que 0,1% du total. Mais si l’on considère les émissions par habitant, la Suisse se place devant certains pays à forte croissance, comme le Brésil ou l’Inde.

Bien que la Suisse ne soit pas le meilleur élève de la classe, elle fait quand même partie du groupe des pays qui ont réduit leurs émissions par rapport au niveau de 1990.

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Nouveaux objectifs en vue

Face à la nécessité d’une action urgente en faveur du climat - selon les chercheurs, les 10 ans à venir seront décisifs -, il n’est plus temps de réfléchir à ce qui n’a pas été fait dans le passé. La priorité est maintenant de se tourner vers l’avenir, et en particulier vers l’année 2030, date à laquelle la Suisse entend avoir réduit ses émissions de moitié.

L’atteinte d’un tel objectif, fixé dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat, suppose une révision de la loi fédérale sur le CO2, actuellement au centre des débats du Parlement.

Selon le gouvernement, l’objectif 2030 pourra être atteint en améliorant l’efficacité énergétique, en poussant le renouvelable et en compensant les émissions inévitables, y compris par des projets à l’étranger.

À plus long terme, la Suisse s’est engagée, comme l’Union européenne et d’autres pays, à atteindre l’objectif zéro émission nette d’ici 2050.

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