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Sion: une Gay Pride bon enfant

Les organisateurs de la Gay Pride ont demandé aux participants de s’abstenir de toute provocation. swissinfo.ch

La «Lesbian and Gay Pride & Friends» de Sion a fait couler tellement d'encre. Mais samedi, pas de provocation, la fête était sage, comme elle l'avait été en 1999 à Fribourg, autre bastion réputé très catholique.

Non, le Vieux-Pays n’est pas peuplé que de conservateurs rétrogrades et homophobes. Et les 6250 Valaisans qui avaient signé en son temps la pétition lancée par le mouvement RomanDit n’ont pas suffi à donner à la parade de samedi des airs de danse sur un volcan.

En Valais toutefois, on s’enflamme facilement. Et une étincelle suffit à mettre le feu aux poudres. Début février, le Conseil municipal de Sion indique que, selon lui, la population du chef-lieu «ne souhaite pas» de Gay Pride dans ses murs, même s’il n’existe aucun moyen légal de l’interdire.

Un mois plus tard, monseigneur Norbert Brunner y va de son couplet. Dans son message de carême, l’évêque de Sion use du terme de «jeu diabolique» pour qualifier la manifestation qui se prépare.

Il n’en faut pas plus pour que les extrémistes purs et durs se sentent pousser des ailes. Le 10 mars, le Nouvelliste, unique quotidien du canton, publie une pleine page de publicité particulièrement hargneuse contre les homos. On y trouve pêle-mêle les termes de «péché mortel», «criminalité» ou «perversion», entre autres amabilités.

Auteur de cette prose fleurie: l’association RomanDit, qui milite pour la famille, la patrie et les valeurs chrétiennes. Née il y a à peine 18 mois, elle s’était déjà fait remarquer par sa campagne d’affiches sanguinolentes contre l’avortement.

Au bas de la page, une pétition à adresser aux autorités communales, cantonales et religieuses pour qu’elles interdisent carrément la Gay Pride.

La réaction est immédiate: toute la presse romande montre le Valais du doigt et le Nouvelliste est assailli de lettres de lecteurs. Son rédacteur en chef François Dayer admet s’être «complètement planté» en acceptant cette annonce et va jusqu’à se qualifier lui-même d’ «imbécile».

Même l’évêque fait plus ou moins amende honorable, rappelant que Jean-Paul II recommande d’accueillir les homos avec «respect, compassion et délicatesse».

Quant aux milieux politiques, ils évitent soigneusement de se mouiller. Soudain, le Conseil municipal de Sion se découvre unanimement favorable à la Gay Pride et le Gouvernement cantonal reste au-dessus de la mêlée.

«Personne ne nous a soutenu», se plaint aujourd’hui Dominique Giroud, président de RomanDit, qui menaçait encore récemment le Nouvelliste «d’une campagne de désabonnements comme il n’en a jamais connu». Quand, comment? On n’en saura pas plus. «Nous n’y avons pas encore pensé», avoue l’œnologue de Saxon.

Mais au fait, quelle est la force réelle de l’association qui a cru pouvoir faire trembler la République sur ses bases? «Le chiffre de nos membres est une donnée interne à l’association, se contente de répondre Dominique Giroud. Tout ce que je peux vous dire, c’est que notre pétition a recueilli plus de 6200 signatures, soit une fois et demi ce à quoi nous nous attendions».

D’ailleurs, RomanDit n’était pas dans la rue samedi pour s’opposer à la Gay Pride. «Nous avons fait ce que nous estimions juste en restant dans la légalité», ajoute Dominique Giroud.

Samedi, le cortège était bien sage lui aussi. D’ailleurs, les organisateurs n’avaient prévu qu’un seul char et demandé dès le début aux participantes et participants de s’abstenir de toute provocation inutile, surtout dans le domaine de la religion.

Bien sage également, la réunion d’une centaine de Gay, Gay-Balmaz, Gay-des-Combes, Gay-Crosier et autres porteurs de ces patronymes typiquement valaisans dimanche dernier sur la fameuse vigne de poche de Saillon. Une Gay Pride avant l’heure? Non, simplement le clin d’œil des Amis de Farinet, pour rappeler que si le Vieux-Pays a le sang chaud, il sait aussi cultiver le sens de l’humour.

Marc-André Miserez

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