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La bataille autour du symbole de la croix suisse sur les produits

La bataille pour la croix suisse
KEYSTONE/Alessandro della Valle

Un nouveau changement de pratique autorise l’utilisation de la croix suisse sur des produits fabriqués à l’étranger. Selon un sondage, les PME et la population s’y opposent farouchement.

Depuis le printemps, la Suisse a opéré un revirement concernant les règles relatives à la « Swissness » ou qualité suisse. L’Institut fédéral de la propriété intellectuelle (IPI) a assoupli sa pratique concernant l’utilisation de la croix suisse sur les produits industriels. Les entreprises sont désormais autorisées à apposer ce symbole national sur des produits entièrement fabriqués à l’étranger, à condition que la propriété intellectuelle – c’est-à-dire la recherche, le développement ou la conception – ait été réalisée en Suisse.

L’IPI justifie cette mesure par la pression économique qui pèse sur les entreprises suisses. La force du franc et les obstacles géopolitiques, tels que les droits de douane américains, contraignent les entreprises à délocaliser leur production à l’étranger. Étant donné que le travail intellectuel générateur de valeur ajoutée reste souvent en Suisse, l’IPI fait valoir que ces entreprises auraient intérêt à mettre en avant leurs racines helvétiques. La croix ne peut être utilisée qu’accompagnée de mentions telles que «Swiss Engineering» ou «Swiss Research».

Le reproche des PME : une incitation à s’exiler à l’étranger

Pour l’Union suisse des arts et métiers (USAM) et son directeur Urs Furrer, ce changement de pratique porte un coup à l’économie nationale. Il met en garde contre de mauvaises incitations. « Qu’y a-t-il de plus fort que la croix suisse sur un produit ? Si elle est désormais apposée sur des produits fabriqués à l’étranger, cela conduit naturellement à une dilution de sa valeur», critique-t-il au micro de la SRF. Il y voit un danger pour le tissu industriel : «Ce changement de pratique incite donc à délocaliser la production à l’étranger.»

Urs Furrer estime en outre que cette mesure est injuste pour la grande majorité des PME suisses. Plus de 90% d’entre elles ne possèdent pas de sites de production à l’étranger. Elles produisent selon les conditions suisses en matière de coûts et de salaires et ont besoin que la croix suisse reste un gage de qualité et d’origine. Cet assouplissement risque d’entraîner une dévalorisation de la réputation suisse.

La population et les PME disent non

L’USAM étaye sa critique par un sondage représentatif qu’elle a récemment publié. 88 % des personnes interrogées exigent que la croix suisse reste réservée aux produits fabriqués exclusivement en Suisse.

Du côté du monde économique, 87 % des PME interrogées estiment que l’assouplissement des règles constitue un inconvénient pour leur activité. Elles craignent de perdre leur argument de vente unique face aux importations.

Pour Urs Furrer, cela constitue un signal clair adressé aux responsables politiques. « La croix suisse appartient à chacun d’entre nous. Et je compte bien continuer à militer pour qu’elle ne figure que sur les produits fabriqués en Suisse », déclare-t-il.

Traduction vérifiée par Emilie Ridard

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