Le rappeur Booba condamné pour injure raciale et cyberharcèlement
Le tribunal correctionnel de Paris a condamné mardi le rappeur Booba à trois mois de prison avec sursis et 30'000 euros d'amende pour cyberharcèlement et injure raciale envers une journaliste de France Télévisions.
(Keystone-ATS) La journaliste Linh-Lan Dao avait porté plainte en avril 2024 contre le chanteur, qui vit aux Etats-Unis, pour l’avoir «jetée en pâture» à la «meute» numérique de ses plus de 6 millions d’abonnés sur le réseau X, à la suite d’un article de factchecking scientifique dénonçant la «dérive complotiste» de l’artiste après qu’il a évoqué un lien entre les vaccins contre le Covid et la maladie de Creutzfeldt-Jakob.
Dans les heures suivant la publication de son article, Booba, monument du rap depuis les années 1990 en France, avait notamment proposé sur le réseau social à la journaliste «un strip poker sans cartes» autour «d’un bon wok de légumes».
Attaques gratuites
«La dimension sexiste du discours et celle essentialisante, en raison de ses origines asiatiques, destinées à renvoyer la journaliste Linh-Lan Dao à sa seule qualité de femme asiatique, lui confèrent à l’évidence un caractère malveillant», a estimé le tribunal dans sa décision consultée par l’AFP.
Pour les juges, les messages sur X de Booba, de son vrai nom Elie Yaffa, «visaient à s’en prendre, par des attaques gratuites, à une journaliste dans le cadre de sa profession, au seul motif que ses investigations parvenaient à une conclusion différente de la sienne, pour la faire taire».
Le tribunal a condamné le rappeur, qui ne s’était pas présenté au procès le 1er avril, à verser 4000 euros de dommages-intérêts à la partie civile.
«Le tribunal a reconnu qu’Elie Yaffa «Booba» ne pouvait pas ignorer qu’une meute allait être enclenchée à la suite de ses messages, c’est-à-dire qu’il a reconnu en quelque sorte sa responsabilité en tant que leader avec une communauté», s’est félicité auprès de l’AFP à l’issue du jugement Me Ilana Soskin, avocate de la journaliste.
Appel annoncé
«Je me sens extrêmement soulagée et satisfaite du jugement», a réagi auprès de l’AFP Linh-Lan Dao, «j’espère que je vais pouvoir tourner la page».
Dans un autre dossier également jugé mardi, Booba a été condamné à 20’000 euros d’amende pour injure raciale envers un chroniqueur, Tristan Mendès-France, qui avait dénoncé sur X le cyberharcèlement de Linh-Lan Dao, pour des messages faisant allusion à son nez, «reprise du stéréotype antisémite le plus éculé» selon le tribunal.
L’avocate de Booba, Me Marie Roumiantseva, a indiqué à l’AFP faire appel des deux condamnations.