Place économique suisse

La Suisse, paradis des hauts salaires, vraiment?

Ce contenu a été publié le 18 juin 2020 - 16:54
Paula Troxler (illustration)

Si vous êtes un homme banquier, un diplomate suisse ou un PDG étranger en Suisse, il y a de fortes chances que vous y viviez assez confortablement avec un salaire à six ou sept chiffres. Mais pour beaucoup d'autres, les salaires élevés en Suisse ne sont pas exactement ce qu'ils paraissent au premier abord.

Avec un salaire moyen de 6538 francs par mois, il n'est pas étonnant que la Suisse soit considérée comme l'un des endroits les plus attrayants pour travailler. Les salaires moyens dans de nombreuses professions sont plus élevés que dans d'autres pays. Par exemple, un enseignant d’école maternelle en Suisse gagne environ 4900 francs contre environ 2400 francs aux États-Unis.

Un vendeur gagne environ 4400 francs et un maçon qualifié avec plus de quatre ans d'expérience environ 5500 francs. Dans d'autres pays, ces emplois rapportent généralement juste un peu plus que le salaire minimum. Mais si les salaires sont élevés en Suisse, les dépenses le sont aussi. 

Ainsi, lorsque l'on déduit les cotisations obligatoires (chômage, retraites et accidents) ainsi que le loyer, le salaire ne semble plus aussi généreux. Et contrairement à ce qui se passe dans de nombreux autres pays, les impôts et l'assurance maladie ne sont pas non plus automatiquement déduits du salaire en Suisse.

Si l'on y ajoute encore des frais de transport qui drainent en moyenne 8% du revenu brut, des services de garde d'enfants parmi les plus chers du monde, ainsi que toute une série de produits (à commencer par la nourriture) très chers qui font de la Suisse un «îlot de cherté», alors le salaire paraît encore plus médiocre. 

Les statistiques officielles montrent que les ménages avec un revenu mensuel brut inférieur à 5000 francs ne peuvent pas économiser d’argent. La stagnation des salaires, alors que le coût de la vie continue d’augmenter, est un phénomène inquiétant. Les conséquences sont particulièrement graves pour les travailleurs faiblement rémunérés, qui représentent quelque 320’000 emplois, soit environ 12% des actifs. 

«Les primes d'assurance maladie et les loyers sont en hausse, tandis que les salaires n'augmentent que modérément. C'est pourquoi les temps sont durs pour la classe moyenne inférieure en Suisse», explique le professeur Robert Fluder, de l'Université de Berne.

Les femmes et les immigrés occupent plus fréquemment des emplois peu rémunérés. Les dernières statistiques montrent que la moitié de tous les emplois faiblement rémunérés sont occupés par des résidents étrangers et qu'environ la même proportion est proposée par des entreprises de moins de 50 employés.

Dans un pays riche comme la Suisse, les personnes à faible revenu sont souvent obligées de dépenser beaucoup plus que nécessaire, ce qui rend la vie particulièrement difficile. Même les personnes à revenu moyen inférieur risquent de glisser vers le bas de l'échelle sociale. 

«Les personnes à faibles revenus sont soumises à une forte pression en Suisse», explique Andrea Schmid-Fischer, présidente de l’association Budget-conseil Suisse. 

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